Réflexions sur le système scolaire et les États généraux de l’Acadie
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Je suis bien conscient que l’intervention qui suit ne plaira pas à tous les lecteurs, mais je sens une certaine obligation de donner mon point de vue sur une question qui me tient bien à cœur, celle de ce que nous réserve l’avenir, nous Acadiennes, Acadiens et francophones de notre Acadie.
Je lis avec beaucoup d’intérêt les divers médias, tout ce qui a rapport à notre langue et notre culture. Je dois admettre que j’ai beaucoup de difficulté à comprendre comment certaines choses d’actualités contribueront à changer quoi que ce soit pour le mieux. C’est justement sur deux points d’actualité que je veux diriger mes commentaires. En premier lieu, la construction possible d’une école secondaire anglophone à Dieppe et en deuxième lieu, la tenue des États généraux en juin à Edmundston.
D’abord, la construction possible d’une école anglophone à Dieppe. Je veux tout simplement donner mon point de vue basé sur mon expérience comme éducateur et de mon engagement. J’ai 88 ans, j’ai été enseignant et directeur d’école dans le système public pendant 15 ans avant de m’engager à Fredericton au ministère de l’Éducation et celui de l’enseignement Supérieur. J’ai commencé l’école à Néguac en 1944 et j’ai 20 années de scolarité.
Je crois que si nous pensons que notre priorité pour freiner l’assimilation est de s’assurer que nous n’ayons pas de rivaux dans le choix d’école, je crois que nous faisons fausse route. Notre centre d'intérêt devrait être ce qui se passe dans nos écoles où nous sommes en milieu bilingue, par exemple à Dieppe. Allez dans les corridors de nos écoles francophones dans les milieux bilingues et écoutez la langue utilisée par nos élèves. On se croirait dans des écoles anglophones. Combien de temps encore avant que ça ne devienne chose courante?
Parlez-en à nos enseignants qui ont tout essayé et maintenant ne savent plus où mettre la tête. Posons-nous la question: pourquoi nos élèves sont-ils anglicisés à ce point? Ce n’est certainement pas la faute du système scolaire. Nous nous sommes battus pour avoir notre système scolaire francophone et je crois que les enseignants et les dirigeants scolaires ont tout fait pour former des jeunes francophones convaincus. C’est évident que si les parents ne s’engagent pas dans la même direction chez eux dès le jeune âge, ce ne sera pas à savoir s’il y a ou pas d’école anglophone à Dieppe qui va changer la tendance.
Pourquoi avons-nous peur que nos élèves choisissent l’école anglophone? Il va de soi que la responsabilité revient aux parents de choisir l’école pour leurs enfants mais la question se pose: est-ce qu’ils feront les bons choix?
Je veux maintenant faire le lien entre mon premier point et le second qui est celui des États généraux à Edmundston. J’ai pris connaissance du communiqué et du résumé du document préparé par des personnes bien qualifiées. Je trouve ça bien écrit et bien ambitieux, mais je suis d’avis que pour arriver à quelque chose de concret, je ne vois rien d’autre que des suggestions que l’on doit améliorer les services offerts à la jeunesse, et qu’avec quelques petits changements ici et là, le système scolaire va tout nous arrangé ça.
Je crois que l’on manque encore une fois l’occasion d’aborder le vrai problème. Je suis d’avis que le futur de la société acadienne ne dépend pas uniquement de la qualité de services publics, ni des semaines de la francophonie, ni des grands spectacles le 15 août. Tout ça a son importance, mais cette société acadienne qui semble être satisfaite de ces évènements est-elle sur la bonne voie? Il parait que non, car encore une fois nous avons des États généraux; ce n’est pas pour se dire que tout est beau!
J’arrive à mes conclusions et suggestions. D’abord je suis d’avis qu’ici en Acadie, nous avons des chefs de fil extraordinaires au niveau provincial, municipal et parmi nos bénévoles, mais dans la société en général il y a une certaine indifférence qui m’inquiète beaucoup. Vous n’avez qu'à regarder l’affichage dans nos communautés acadiennes pour constater le manque d’engagement de nos francophones lorsque nos braves élus essaient d’y remédier. Combien d’entre-nous insistent à se faire servir dans notre langue? Combien de parents parlent à leurs enfants de notre histoire et notre culture autour de la table et font un effort dès le jeune âge pour leur inculquer la fierté d’être acadien?
Les réponses à ces questions ne sont pas toujours positives et à mon avis sont les signes d’une certaine indifférence, qui est notre pire ennemi. Je le dis à tous ceux qui veulent l’entendre: si dans cinquante ans nous ne parlons plus français ici en Acadie, ça ne sera pas la faute des Anglais, ça sera à cause de notre indifférence.
Je ne suis pas contre les États généraux, mais ce que je vois, c’est que nous restons encore dans la même boîte. Cette boîte-là nous donnera un autre beau rapport avec des veux pieux, mais rien d’autre, car comme toujours nous demandons au gouvernement de meilleurs services, comme si notre futur est dans les mains de quelqu’un d’autre.
Nos législateurs, avec l’aide de nos juristes, nous ont fourni des outils pour assurer nos droits. Il nous faut maintenant avoir le courage de sortir de la boîte, de nous poser les bonnes questions et agir en conséquence. Je ne vois rien de cela dans les documents des États généraux. Voulons-nous sortir des chemins battus ou voulons-nous que l'Acadie devienne un autre pays comme celui des Louisiana Cajuns?
Wilfred Savoie
Fredericton
