École anglophone à Dieppe : une alternative qui ferait consensus
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En 2015, les anglophones du centre-ville de Moncton, de Lewisville, de Harrisville et de Dieppe ont perdu leur école secondaire de proximité. Cette année-là, Moncton High School quittait l’immeuble historique du centre-ville pour ouvrir ses portes 10 km au Nord, à Irishtown. Depuis, les élèves anglophones de ces régions doivent parcourir entre 10 et 20 km pour se rendre à leurs écoles secondaires respectives. Avant 2015, ces mêmes élèves devaient parcourir entre quelques mètres et 12 km, tout au plus.
Cette décision, prise en 2011 et mise en œuvre en 2015, a été vivement contestée. Des représentants du conseil scolaire anglophone, des conseillers de la Ville de Moncton et plusieurs résidents ont demandé que l’école demeure à proximité du centre de Moncton. Une pétition a circulé, des manifestations ont eu lieu et une contestation judiciaire a été intentée. Ces efforts n’ont pas porté fruit. La relocalisation de Moncton High School a été vécue par plusieurs résidents du centre et de l’est de Moncton comme une perte.
Dans ce contexte, la construction d’une nouvelle école secondaire anglophone au centre-ville de Moncton, à Lewisville ou à Harrisville permettrait à la fois de réparer cette perte et de mieux répondre aux besoins des anglophones de Dieppe.
De plus, cette solution éviterait de contribuer à l’érosion de la majorité francophone de Dieppe. Les sociologues Matthieu Wade et Michelle Landry, ainsi que l’avocat Michel Doucet l’ont bien expliqué avant moi: la construction d’une école secondaire anglophone à Dieppe aurait pour effet d’y attirer plus d’anglophones. C’est un problème, car Dieppe est l’un de ces rares endroits où la minorité acadienne est majoritaire. C’est d’ailleurs la plus grande ville à majorité acadienne.
Ce statut majoritaire nous permet de vivre en français dans presque tous les aspects de notre vie. On nous y offre une multitude d’activités récréatives, artistiques et culturelles qui se déroulent en français. On y trouve un réseau d’associations sportives et communautaires qui fonctionnent en français. Les chances de pouvoir travailler, faire des affaires et recevoir des services en français y sont plus élevées.
De plus, comme entité municipale, Dieppe est un véhicule d’influence politique important pour représenter les intérêts de la communauté acadienne. Enfin, tous ces avantages profitent non seulement aux résidents de Dieppe, mais à l’ensemble des francophones et communautés acadiennes de la région. Ces privilèges ne doivent pas être tenus pour acquis. Ils résultent, entre autres, d’une présence francophone majoritaire sur le territoire de la municipalité.
Or, même dans une ville majoritairement francophone, le français demeure vulnérable devant l’omniprésence de l’anglais. C’est pourquoi il est légitime de chercher à aménager le territoire pour favoriser la vitalité du français. Cela peut passer par la réglementation de la langue d’affichage, comme le fait déjà la Ville de Dieppe, ou par la recherche d’alternatives raisonnables à la construction d’une école anglophone sur son territoire.
J’espère que les nouveaux élus de la Ville de Dieppe seront proactifs à cet égard. Dans le dossier d’une nouvelle école secondaire anglophone, je suis persuadé qu’ils trouveront des alliés à Lewisville, Harrisville et au centre-ville de Moncton pour l’accueillir.
Martin LeBlanc Rioux
Memramcook
