Opinion
5 Mars 2023
En réaction de l'éditorial du 1 mars
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Quoique votre éditorial ait pu avoir été quelque peu malhabile, la question de fond soulevée par l’éditorialiste n’en demeure pas moins pertinente sur le sujet de l’écriture inclusive, un sujet polarisant qui soulève les passions, de part et d’autre.
Depuis ses origines en 1867, le Moniteur a su à maintes reprises susciter et prendre part au débat dans la sphère publique sur une multitude de sujets plus ou moins litigieux. Sur ce point, je considère que le Moniteur demeure fidèle à sa tradition.
Pour en revenir au sujet de l’écriture inclusive, je me pose souvent la question suivante : est-ce que ce phénomène récent représente une avancée pour la langue française, ou un recul ? De prime abord, il faut bien comprendre que la langue française n’est pas sexuée car le genre grammatical et le genre biologique ne correspondent pas. Le genre grammatical est un effet de convention tirant ses origines dans la langue latine, et ni le masculin, ni le féminin ne renvoient nécessairement à un homme ou à une femme (une chaise, une girafe, une sentinelle, etc.).
Dans un contexte plus contemporain, je fais partie de ceux qui applaudissent le mouvement de féminisation des termes désignant des métiers, initié par le gouvernement du Québec dans les années 80. C’est ainsi que des termes comme mairesse, écrivaine ou autrice ont été officialisés, au grand dam de l’Académie française. Ces changements ont été possibles sans briser le code de notre langue.
Le problème avec la nouvelle écriture inclusive et qu’elle rend la langue incohérente entre le parlé et l’écrit. En plus, cette novlangue rend la langue française moins accessible et plus complexe à apprendre et à comprendre aux personnes ayant des défis dyslexiques ainsi qu’aux classes sociales ayant moins d’éducation. À terme, ce phénomène ne peut que constituer un obstacle à la transmission et à l’adoption de notre belle langue par les nouvelles générations de francophones et de nouveaux arrivants.
En concluant, j’espère que tous les amoureux de la langue française aient la sagesse et la bienveillance de pouvoir dialoguer respectueusement, qu’ils soient pour ou contre le phénomène de l’écriture inclusive.
Robert-Yves Mazerolle
Halifax
