Opinion
13 Décembre 2022
Les médias sociaux et leurs menaces
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Jean-Marie Nadeau
jmlacadie1@gmail.com
Les médias sociaux sont omniprésents. Ils se trouvent au bout de nos doigts. Mais pour y accéder, il y a tout un monde complexe en amont. Dernièrement, pour mieux en comprendre les tenants et les aboutissants, l’Observatoire international pour les droits linguistiques et l’Association acadienne des artistes professionnels ont organisé conjointement un colloque ayant pour thème les plateformes du web et leurs conséquences sur l’état de la francophonie canadienne en situation minoritaire.
Nous convenons que l’Internet puisse être à la fois un outil d’épanouissement extraordinaire pour nos communautés, comme un outil d’anéantissement. Il n’y a qu’à souligner cette déplorable pratique de trop d’Acadiennes et d’Acadiens qui communiquent entre eux en anglais sur le web. C’est trop répandu, et ça érode notre francophonie.
Internet a créé des monstres industriels et informatiques comme Google, Twitter, Facebook, Youtube, Netflix et autres. Certaines de ces compagnies ont des budgets qui dépassent ceux de plusieurs pays. Elles transportent sur leurs plateformes de la matière grise qui affecte directement le comportement humain. Il y a du beau et du bon, mais il y a aussi beaucoup de laid et d’abus!
Ces compagnies se gavent de contenus qui ne leur appartiennent pas nécessairement. De fait, elles engrangent des profits démesurés sans compenser financièrement les créateurs de ces contenus. Et pourtant, la faune artistique est parmi les professions les moins nanties. En effet, ce n'est pas parce qu’on voit plus souvent des artistes à la télévision ou sur les médias sociaux, ou qu'on les entend à la radio ou ailleurs, qu'ils sont tous riches. Au contraire, une grande proportion d'entre eux vivent sous le seuil de la pauvreté.
Pire encore, ces entreprises sont tellement sophistiquées, qu'avec ce qu'on appelle des algorithmes, elles réussissent même à nous dicter quoi voir ou quoi écouter. Elles définissent le « mainstream » comme le courant dominant, les tendances, ce qui doit être à la mode. Et il va de soi que la plupart de ces grandes compagnies sont américaines.
Saviez-vous que les États-Unis sont un des seuls pays au monde à ne pas avoir de ministère de la Culture ou du Patrimoine? Ils n’en sentent pas le besoin. Ce n’est pas le cas du Canada. C’est pourquoi, à la fin du siècle dernier, notre pays, sous la gouverne de la ministre Sheila Copps, a plaidé avec succès la clause de l’exception culturelle pour ce qui est des traités internationaux commerciaux. Ça veut dire que les biens culturels ne peuvent plus être considérés comme des biens marchands comme les autos, l’agriculture, les meubles et autres. Cette victoire nous a permis de préserver la culture canadienne dans le monde, et par le fait même la culture acadienne.
Au Canada, on ne pourra s’en tirer honorablement que si on réussit à imposer des quotas de contenus canadiens, québécois et acadiens sur ces plateformes, ce qui n’est pas pour le moment le cas. La France impose un quota de 60% de contenus français. La moyenne de quotas imposés par la plupart des pays se situe autour de 30%. Au Canada, on devrait imposer un quota qui se situe entre ces deux chiffres.
Mais le plus important dans tout cela, c’est de s’assurer que ces grandes compagnies paient leur juste part de redevances pour financer nos créateurs et nos créations. On ne peut plus laisser ce que l’on appelle communément la libre concurrence dicter de façon anarchique et abusive les règles du jeu. Sinon, nous serons condamnés à une homogénéisation des cultures nationales au profit d’une culture hégémonique et américaine. Ce n'est pas faire de l’anti américanisme que de prendre des dispositions pour protéger et promouvoir sa culture. C’est assurer sa survie et son épanouissement. Le gouvernement fédéral est en train de légiférer en ce sens en tentant de faire adopter le projet de loi C-11. Nous devons nous réjouir.
À nous maintenant de faire notre part pour assurer l’épanouissement de notre culture en fréquentant le plus souvent possible les plateformes du web en français. Ce faisant, nous pourrons contourner les algorithmes qui nous amènent sur du contenu anglais, surtout américain. Mais de grâce, commençons par communiquer en français entre nous sur le web!
