Culture
14 Août 2025
HOMMAGE À CLAUDE ROUSSEL
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Par Bernard Richard
En 2014, la Galerie Beaverbrook m’avait invité à participer à une soirée en hommage à Claude Roussel. À la suite de son décès le 28 mai dernier, voici le texte, quelque peu modifié, que j’avais préparé pour l’honorer.
Claude Roussel: sculpteur, empailleur, graveur, peintre, mouleur, professeur, mentor, agent provocateur.
Au début des années 40, il n’aurait pas été étonnant que des parents d’un jeune adolescent du Madawaska voulant faire carrière dans les arts en soient horrifiés! Mais au contraire, Denis et Dorothée Roussel ont très vite reconnu que leur fils possédait un talent qu’il fallait encourager. C’était tout un pari à une époque où les institutions culturelles de l’Acadie n’étaient qu’à leurs balbutiements.
Son œuvre prolifique est importante, diversifiée et éclectique. En plus, il a inspiré des générations d’artistes qui ont découvert en lui une figure à la fois novatrice et provocante. Son superbe Monument aux pêcheurs, qui surplombe le quai d’Escuminac et commémore la perte de 35 pêcheurs emportés par une tempête impitoyable le 20 juin 1959, demeure la sculpture qui m’impressionne le plus… et qui continue à me hanter.
Herménégilde Chiasson, un de ses premiers étudiants, a décrit ce qui était dit à l’égard de Roussel en 1963 comme suit: « On décriait ce que Roussel faisait et peut-être ce qu’il représentait, c’est-à-dire une perception moderne qui s’affirmait par le désir de ne plus être à la remorque mais d’innover. »
Après tout, Roussel pouvait être dérangeant! Il est certainement un de ces artistes qui n’a cessé de nous pousser au questionnement. On peut penser à son crucifix créé pour l’église de Cap-Pelé mais qui orne maintenant la chapelle de l’Université de Moncton. On peut aussi évoquer le drapeau acadien moderne qu’il a proposé à quelques jours de l’ouverture du premier Congrès Mondial Acadien. Il y faisait une place beaucoup plus importante à l’étoile qui distingue notre étendard national du tricolore français. En ce faisant, il proclamait que l’Acadie de 1994 n’était plus celle de 1884, année d’adoption du drapeau acadien. Pour lui, le peuple acadien, représenté par l’étoile, devait prendre une place prédominante sur NOTRE drapeau national. Quelle audace!
C’est en ce 1er jour du mois d’août 1994 que j’ai compris que la fierté acadienne de Claude Roussel l’interpelait jusqu’au fond de son âme, jusqu’au bout de son art et jusqu’à la limite de sa créativité.
J’ai admiré profondément cet homme. Les avocats et les artistes ne font pas toujours bon ménage, mais Claude et moi partagions un trait commun qui nous liera à jamais : nous étions tous deux attirés par les « hookers ». Laissez-moi expliquer. J’en ai marié une. Mais lui, il en a inspiré tout un bordel!

J’ai vu de mes propres yeux la patience et la passion avec lesquelles les Hookeuses du Bor’de’lo se sont consacrées à un gigantesque labeur d’amour : traduire les premières œuvres de Roussel en magnifiques tapis hookés. Je sais à quel point elles étaient fières de collaborer avec lui pour redonner vie à ses premières peintures et esquisses. À leur manière unique et incomparable, elles nous rappelés que son œuvre est intemporelle et universelle.
Victor Hugo a écrit que « L’art, c’est la pensée humaine, qui va brisant toute chaîne. »
Quatre-vingts ans après la truite sculptée d’un bloc de pin à l’âge de 14 ans, on peut affirmer sans détour que Claude Roussel a été un briseur de chaînes et que, plus que quiconque, il a porté l’art acadien vers la modernité. Par son immense contribution aux arts contemporains et à la pensée humaine, il a encouragé toute l’Acadie à poursuivre cet élan.
En fait, il a lui-même créé jusqu’aux derniers jour de sa vie. Après tout, il m’avait lancé en 2014, à 83 ans, la phrase suivante: « peut-être que la plus importante période, c’est celle qui s’en vient! »
En 2014, la Galerie Beaverbrook m’avait invité à participer à une soirée en hommage à Claude Roussel. À la suite de son décès le 28 mai dernier, voici le texte, quelque peu modifié, que j’avais préparé pour l’honorer.
Claude Roussel: sculpteur, empailleur, graveur, peintre, mouleur, professeur, mentor, agent provocateur.
Au début des années 40, il n’aurait pas été étonnant que des parents d’un jeune adolescent du Madawaska voulant faire carrière dans les arts en soient horrifiés! Mais au contraire, Denis et Dorothée Roussel ont très vite reconnu que leur fils possédait un talent qu’il fallait encourager. C’était tout un pari à une époque où les institutions culturelles de l’Acadie n’étaient qu’à leurs balbutiements.
Son œuvre prolifique est importante, diversifiée et éclectique. En plus, il a inspiré des générations d’artistes qui ont découvert en lui une figure à la fois novatrice et provocante. Son superbe Monument aux pêcheurs, qui surplombe le quai d’Escuminac et commémore la perte de 35 pêcheurs emportés par une tempête impitoyable le 20 juin 1959, demeure la sculpture qui m’impressionne le plus… et qui continue à me hanter.
Herménégilde Chiasson, un de ses premiers étudiants, a décrit ce qui était dit à l’égard de Roussel en 1963 comme suit: « On décriait ce que Roussel faisait et peut-être ce qu’il représentait, c’est-à-dire une perception moderne qui s’affirmait par le désir de ne plus être à la remorque mais d’innover. »
Après tout, Roussel pouvait être dérangeant! Il est certainement un de ces artistes qui n’a cessé de nous pousser au questionnement. On peut penser à son crucifix créé pour l’église de Cap-Pelé mais qui orne maintenant la chapelle de l’Université de Moncton. On peut aussi évoquer le drapeau acadien moderne qu’il a proposé à quelques jours de l’ouverture du premier Congrès Mondial Acadien. Il y faisait une place beaucoup plus importante à l’étoile qui distingue notre étendard national du tricolore français. En ce faisant, il proclamait que l’Acadie de 1994 n’était plus celle de 1884, année d’adoption du drapeau acadien. Pour lui, le peuple acadien, représenté par l’étoile, devait prendre une place prédominante sur NOTRE drapeau national. Quelle audace!
C’est en ce 1er jour du mois d’août 1994 que j’ai compris que la fierté acadienne de Claude Roussel l’interpelait jusqu’au fond de son âme, jusqu’au bout de son art et jusqu’à la limite de sa créativité.
J’ai admiré profondément cet homme. Les avocats et les artistes ne font pas toujours bon ménage, mais Claude et moi partagions un trait commun qui nous liera à jamais : nous étions tous deux attirés par les « hookers ». Laissez-moi expliquer. J’en ai marié une. Mais lui, il en a inspiré tout un bordel!

J’ai vu de mes propres yeux la patience et la passion avec lesquelles les Hookeuses du Bor’de’lo se sont consacrées à un gigantesque labeur d’amour : traduire les premières œuvres de Roussel en magnifiques tapis hookés. Je sais à quel point elles étaient fières de collaborer avec lui pour redonner vie à ses premières peintures et esquisses. À leur manière unique et incomparable, elles nous rappelés que son œuvre est intemporelle et universelle.
Victor Hugo a écrit que « L’art, c’est la pensée humaine, qui va brisant toute chaîne. »
Quatre-vingts ans après la truite sculptée d’un bloc de pin à l’âge de 14 ans, on peut affirmer sans détour que Claude Roussel a été un briseur de chaînes et que, plus que quiconque, il a porté l’art acadien vers la modernité. Par son immense contribution aux arts contemporains et à la pensée humaine, il a encouragé toute l’Acadie à poursuivre cet élan.
En fait, il a lui-même créé jusqu’aux derniers jour de sa vie. Après tout, il m’avait lancé en 2014, à 83 ans, la phrase suivante: « peut-être que la plus importante période, c’est celle qui s’en vient! »
