Culture
8 Mai 2023
Marie O’Brien a écrit deux livres pour revivre et aller au bout de ses rêves
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Depuis toujours, passionnée par la langue française, Marie O’Brien avait le goût d’écrire un livre. Le deuil de son mari fut le déclic qui lui permit de s’y mettre. Au terme du processus, elle a rencontré un éditeur québécois qui vient de tomber en amour avec l’Acadie.
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Damien Dauphin
IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien
Lorsque son éditeur Jeremy Parent lui a demandé pourquoi elle avait choisi l’écriture plutôt qu’un autre medium comme la peinture ou le chant, Marie O’Brien a répondu avec spontanéité : « Parce que je ne sais pas chanter ».
(Jeremy Parent et Marie O’Brien ont développé une profonde amitié et un grand respect mutuel. Sur la scène, le phare que l’auteure a offert à son éditeur. Crédit : Damien Dauphin)
La native de Haute-Aboujagane a lancé son deuxième livre dimanche 30 avril dans l’auditorium de l’école Louis-J.-Robichaud à Shediac. Un lieu qu’elle connaît bien puisqu’elle y suivit sa scolarité. Marie a confié à son public que la petite fille qu’elle était alors n’aurait probablement pas eu le courage de monter sur scène.
Cette fois, c’est avec beaucoup d’aplomb et de confiance en elle qu’elle a brûlé les planches, en présence de ses enfants, sa famille et ses amis. D’entrée de jeu, elle s’est mise à danser sur l’air de la chanson de Jean-Jacques Goldman : J’irai au bout de mes rêves. L’auteure avait elle-même choisi ce thème pour illustrer le lancement de son deuxième livre : Les carnets de Marie… à ma façon. Celui-ci est la suite du premier, dont le titre est L’écriture en cadeau.
« Il y a cinq ans, après être devenue veuve, j’ai voulu chercher à nouveau le bonheur dans ma vie. Je me suis créé des intentions, des désirs, des rêves que je voulais accomplir. Chaque chapitre représente une intention. J’ajoute aussi des éléments importants pour le bien-être », explique-t-elle.
Après avoir traversé des épreuves de vie, dont la mort d’une de ses sœurs en 2017 puis celle de son mari l’année suivante, Marie O’Brien a trouvé son exutoire dans l’écriture. Écrire sur sa vie et son ressenti fit partie du processus de guérison qui lui a permis de remonter la pente suite à son deuil.
« J’avais toujours eu le goût de l’écriture. J’aimais les cours de français à l’école, j’adorais ça quand le professeur me donnait un texte. J’ai toujours eu le goût d’écrire un livre. Alors je me suis lancée dans l’écriture sans trop savoir ce que ça allait donner », confie-t-elle.
Réalisant qu’elle avait « plein de choses à dire », elle a partagé son vécu en s’y prenant comme une autodidacte, cherchant elle-même quantité de renseignements sur Internet… y compris comment s’adonner à la méditation ! Marie O’Brien n’est pas la première à dire que chacun est responsable de son propre bonheur, mais elle donne des exemples à travers sa propre expérience de vie, soulignant qu’il n’est jamais trop tard pour commencer.
À travers l’écriture, Marie s’est trouvée ce qu’elle appelle une « grande source de liberté ». Au bout de beaucoup de souffrance, son premier livre était une délivrance qui lui a permis de se réinventer. Elle estime qu’il n’y a pas d’âge pour le faire. Ses carnets susciteront peut-être des vocations puisque, de façon interactive, chacun est invité à y écrire ses réflexions personnelles à la fin de chaque chapitre sur deux pages dédiées à cet effet.
Lumière de l’Acadie
« C’est le plus gros coup de pied au derrière qu’on puisse donner à quelqu’un qui procrastine et qui cherche des excuses », de dire Jeremy Parent avec admiration.
Parler de sa rencontre avec Marie donne encore des frissons à son éditeur originaire de Magog, dans la région québécoise de l’Estrie. Jeremy Parent donne régulièrement des cours d’écriture en ligne. Marie O’Brien est l’unique Acadienne parmi des participants québécois, mais elle a laissé une profonde impression à Jeremy.
« Tu vas devenir le porte-étendard pour l’accès à l’écriture de tous les auteurs que je vais accompagner », lui a-t-il lancé.
Marie considère que Jeremy, en lui donnant confiance en elle-même, a réussi à la faire sortir de son cocon. Elle le surnomme « le gardien de phare », car, dit-elle, « il fait briller les auteurs, les étudiants qu’il accompagne dans ses ateliers d’écriture. » Séquence émotion : pour symboliser cet attachement qui les lie, elle lui a offert un phare du Nouveau-Brunswick qui symbolise la lumière de l’Acadie.
Jeremy Parent, un Québécois épris des Acadiens
« Je tiens à vous remercier pour votre indulgence : j’ai un accent. On me l’a dit souvent dans les derniers jours, et moi-même vous remercie pour le vôtre. Vous me faites rêver. Je suis arrivé dans la province il y a cinq jours et, d’une région à l’autre, les accents changent et à chaque fois vous me chantez votre histoire et c’est incroyablement beau. »
On ne pouvait imaginer plus belle déclaration d’amour que celle que Jeremy Parent fit au public présent pour le lancement du livre de Marie O’Brien. Lui-même auteur de trois livres, autrefois il redressait des entreprises en difficulté. Il avoue avoir connu une grande crise existentielle à 35 ans, devançant de quelques années la crise de la quarantaine. Depuis, la littérature est le maître-mot de sa seconde carrière. Accompagnateur littéraire, Jeremy a commencé par donner des ateliers d’écriture en ligne. Il a fondé sa maison d’édition sous le nom d’Un million de rêves.
« Quand on arrive à la fin de notre vie, il faut qu’on soit fier de l’histoire qu’on a vécue, qu’on ne parte pas avec des regrets. C’est ce que j’essaie de faire avec les auteurs à travers l’écriture », a-t-il exprimé.
De Charlo à Shediac, en passant par Bathurst, Paquetville et Bouctouche, Jeremy Parent a adopté le Nouveau-Brunswick. Il reviendra dans la région l’été prochain pour la fête des Acadiens. Il prévoit être de retour à Charlo en septembre pour le lancement d’un autre auteur, et de venir à Dieppe en octobre pour le salon du livre.
