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La Fondation du Collège Saint-Joseph honore des Acadiens et des « Irlandais » de renom


La sixième cérémonie de reconnaissance d’anciens de renom de l’Université Saint-Joseph à Memramcook s’est déroulée le dimanche de la Saint-Patrick au Monument-Lefebvre. Et pour cause : plusieurs « Irlandais » figurent parmi les personnalités distinguées dont deux Acadiens, le juge Guy A. Richard et le président de la Fondation, Jean J. Gaudet.

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Damien Dauphin
IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien



Mgr James Hector MacDonald, de la congrégation des Pères de Sainte-Croix, est né le 28 avril 1925. À un mois de son 99e anniversaire, le prélat à la retraite, qui a terminé sa carrière comme archevêque de Saint John’s dans la province de Terre-Neuve-et-Labrador, n’a pas fait le déplacement pour recevoir la plaque commémorative qui lui sera remise ultérieurement à Windsor (ON). Il est l’un de ces anglophones catholiques qui ont étudié à Memramcook, sous la figure tutélaire du père Camille Lefebvre, et que les Acadiens de la Belle Vallée surnommaient « les Irlandais ».

Honorés du 17 Small

Quatrième d’une famille de neuf enfants, Mgr MacDonald est originaire de Whycocomagh, sur l’île Cap-Breton en Nouvelle-Écosse.

« Il a appris à manier la langue française de l'école et de la communauté de Memramcook, qu'il aimait beaucoup. Les prêtres et les frères de Sainte-Croix l'ont guidé dans ses études classiques en soulignant l'importance du dévouement et d'une éthique de travail productive dans ses projets futurs. Les anciens élèves du Collège et de l'Université Saint-Joseph ont le privilège d'honorer Mgr James MacDonald en tant qu'ancien de grande renommée ! », a dit Jean J. Gaudet en présentant la plaque.

Mgr Brian G. Sheehan est né en 1942 à Saint-Jean (N.-B.). Diplômé en 1962, la cohorte dont il était l’un des membres fut l’avant-dernière de l’Université Saint-Joseph avant que l’Université de Moncton ne prenne la suite en 1963.

« La dernière année, en 63, mon père a reçu un degré honorifique. Le père Clément Cormier tenait à le distinguer, un peu comme je le suis moi-même aujourd’hui. »

Ordonné prêtre le 11 mai 1966, il fut nommé prélat d'honneur par le pape Jean-Paul II le 24 décembre 1996. À 82 ans, est désormais vicaire judiciaire dans le diocèse de Saint-Jean au Nouveau-Brunswick.

« L'inclusion a été sa devise sociale et pastorale. Il est bien connu pour son attention et son soutien constants aux malades et aux moins fortunés de ce monde, ainsi que pour le respect qu'il porte aux dirigeants de l'État », a souligné Mgr André Richard en faisant sa présentation.

Parfaitement bilingue, l’homme d’Église a confié au Moniteur Acadien qu’en 1970, son évêque l’avait envoyé étudier pendant quatre ans à la prestigieuse Université catholique de Louvain, en Belgique.

« Ma mère, Dorothy LeBreton, venait de la côte gaspésienne en face de Bathurst. Elle était une anglaise de Jersey avec un nom français », note-t-il en faisant allusion à ses lointaines racines anglo-normandes.

Une dynastie d’avocats

Après une pause de cinq minutes, ce fut au tour du juge Guy A. Richard d’être présenté par son gendre, Dominic LeBlanc. Né à Saint-Anne-de-Kent en 1932, il est le fils de Rose Caissie et d’André Richard. Ce dernier, qui fut ministre dans le gouvernement de Louis-J. Robichaud, a joué un rôle dans l’ascension politique de Roméo LeBlanc, le père de Dominic.

Guy Richard Small

« Ici, à Saint-Joseph, M. Richard était particulièrement fier de son parcours comme athlète et comme joueur de hockey avec les Aigles Bleus. Il est toujours resté un athlète. Il a joué au tennis jusqu’à l’âge de 80 ans et a conservé le respect et l’amour du sport », dit le député de Beauséjour avec admiration.

Il a débuté sa carrière d’avocat à Bouctouche en 1958. Les questions d’éducation et des soins de santé étaient au premier plan de ses préoccupations. Il a joué un rôle essentiel dans la construction des écoles Marguerite-Michaud et Clément-Cormier et de l’hôpital Stella-Maris. À l’image du docteur Albert Sormany, deux générations auparavant dans le nord-ouest de la province, celui qui était alors membre de l’Ordre de Jacques-Cartier (« La Patente ») s’est dévoué à sa collectivité nonobstant sa jeune carrière en expansion et ses obligations familiales.

Père de cinq enfants en l’espace de seulement six années, l’avocat Guy Richard a donné naissance à une lignée de juristes. Quatre de ses enfants ont fait des études de droit, la benjamine ayant choisi de s’orienter en médecine. Aujourd’hui, sur ses sept petits-enfants, cinq ont décidé d’embrasser la profession dans laquelle il s’est illustré.

Élevé à la magistrature en 1971, il a siégé à la cour d’appel du Nouveau-Brunswick en 1978 avant d’être nommé juge en chef en 1982. Premier francophone hors Québec à occuper le poste de vice-président du Conseil canadien de la magistrature de 1988 à 1993, il a notamment réglé par la suite le conflit des pêches à Burnt Church.

La famille et les amis reconnus

Le juge à la retraite a prononcé une courte allocution en ayant d’abord une pensée pour ceux qui lui ont ouvert la voie.

« Je veux d’abord remercier mon grand-père qui n’a jamais eu de licence automobile mais qui, avec une famille de 12 enfants, a siégé à l’assemblée législative du Nouveau-Brunswick pendant 18 ans. Il m’a donné l’exemple du dévouement à la chose publique et à l’avancement du peuple acadien. En second lieu, je veux remercier mon père qui a suivi ses traces et fut ministre des Travaux publics et de la Voirie dans le gouvernement Robichaud. Il a su s’approprier sa part pour le comté de Kent. »

L’ancien magistrat a appris au public présent que son père avait décliné l’honneur que lui fit la commission scolaire de vouloir donner son nom à une école, car il croyait qu’un éducateur devait être honoré à sa place. Ce fut Clément Cormier.

Alban et Clarence Small
Alban et Clarence

Guy Richard a décerné à son gendre Dominic LeBlanc le titre de « meilleur orateur du Canada », avant d’achever son allocution en saluant ses bons amis Alban Thibodeau et Clarence LebLanc, avec lesquels il déjeune chaque jeudi matin à Shediac. « Je les remercie de leur présence, il n’y a pas mieux comme geste amical. Et je veux leur rappeler la promesse qu’ils m’ont faite de payer le café pour le reste de l’année », a-t-il ajouté malicieusement.

« C’est le fun de nous rencontrer chaque semaine, confie Clarence LeBlanc. Guy est passionnant, il peut évoquer tous les sujets et il a une mémoire extraordinaire. »

Le maître des cérémonies est honoré à son tour

Président de la Fondation des anciens du Collège Saint-Joseph, le natif de Memramcook et résident de Dieppe Jean J. Gaudet est une figure familière et bien connue de la communauté.

Jean est toujours actif dans de nombreuses initiatives communautaires. Passionné d'histoire acadienne, il a contribué à l’organisation du premier Congrès mondial acadien (1994) et du Sommet de la Francophonie (1999). Infatigable promoteur des monuments de l'Odyssée acadienne, Il est également engagé auprès de l'Association des vétérans militaires de Dieppe. Son dévouement lui a valu la médaille Léger-Comeau et la confiance des électeurs pour cinq mandats à titre de conseiller municipal dieppois.

« Grâce à ses initiatives, les gens de Dieppe et des environs peuvent bénéficier des Mercredi Show et du bulletin d’information municipal devenu Dieppe Mag », souligne Régina Robichaud dans l’énumération des réalisations de Jean Gaudet. Elles sont si nombreuses qu’il faudrait un article complet pour en faire le tour.

« La Fondation des anciens du Collège Saint-Joseph veut consacrer sa détermination à reconnaître, conserver et promouvoir la mémoire des prédécesseurs et en fait un ancien de renom du Collège », a conclu Bernard Poirier, secrétaire perpétuel de la Fondation.

Une fois n’est pas coutume, Jean Gaudet ne s’est pas éternisé dans ses remerciements dont il a reconnu avoir « oublié de faire la liste ». « C’est comme les Juno et les Oscars », a-t-il dit. Il a eu une pensée pour sa famille, en particulier son épouse Rita et leurs fils Gilles et Gilbert, dont le soutien sans faille lui ont permis de réaliser tout ce qu’il a entrepris. Il s’est enfin souvenu des Pères de Sainte-Croix qui lui ont tant appris pendant quatre ans.

« Ils m’ont donné le goût du travail bien fait et montré le respect du monde. »


Les « Murchland boys » : quatre frères distingués à titre posthumes

En examinant la liste des diplômés de la filière anglaise du Collège Saint-Joseph, les membres du comité ont remarqué qu'une famille avait envoyé quatre garçons à Memramcook dans les années 1950 et 1960. Il s'agit des frères Murchland, de Debec (N.B.), qui ont tous fait une carrière brillante et qui étaient de bonne renommée.

Bernard, l'aîné, était professeur de philosophie. Avec quatre diplômes et après quatre périodes d'enseignement différentes, il s'est retrouvé en 1957 à l'Ohio Wesleyan University où il a fait des recherches et enseigné l'histoire des idées, la philosophie des valeurs et la philosophie de l'éducation. Il a publié plus d'une centaine d'articles et de revues et a traduit, édité ou écrit une vingtaine d'ouvrages traitant de certains aspects de l'éducation et de la démocratie. Selon ses étudiants, il était "un professeur vraiment extraordinaire, perspicace, compréhensif et facile d'accès".

Le second, Charles, était un universitaire avec une longue carrière en médecine qui a fait don de ses talents et de son temps. Fortement dévoué aux soins des patients, il a joué un rôle déterminant dans les greffes de foie par l'intermédiaire de Dalhousie Medical Research. Catholique fervent, il s'épanouissait dans le travail physique, le ski et le golf. « C'était un homme calme, à l'esprit vif, qui faisait des câlins et taquinait gentiment », note Jean Gaudet. Il est décédé à Halifax en juin 2019 laissant dans le deuil sa femme et ses deux enfants.

Le troisième, Wilfrid, c.s.c., a été ordonné prêtre en février 1963. Il a vécu son don d'éducateur dans la foi avec beaucoup de talent et une grande générosité d'esprit pendant plus de 50 ans à Welland (ON), à l'Université Saint-Thomas de Fredericton et en d'autres lieux. « Il était intellectuellement curieux, toujours à la recherche d'une compréhension plus profonde de sa foi et à la recherche de moyens et d'ouvertures dans notre culture pour partager sa foi », se rappelle l’ancien archevêque de Moncton, Mgr André Richard.

Le quatrième, Richard, a été un professeur d'anglais très apprécié et un chef de département à l'école secondaire du district de Tilbury (Ontario) pour des générations d'étudiants locaux. Il a participé activement à de nombreux comités qui ont amélioré les écoles, la communauté et la paroisse. Son frère, le père Wilfrid, a célébré ses funérailles en juillet 2012. Le père Wilfrid est décédé à son tour en décembre 2015 à l'âge de 78 ans.