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16 Avril 2024
L’insécurité linguistique au menu du déjeuner du 2e mardi
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Annette Boudreau, professeure titulaire au département d'études françaises de l'Université de Moncton, est une sociolinguiste renommée. Elle était la conférence invité du déjeuner du 2e mardi du mois, au restaurant l’Igloo à Moncton.
Le Moniteur Acadien
Annette Boudreau a grandi à Moncton en face du Centre culturel Aberdeen et confie avoir commencé à travailler sur la sociolinguistique « presque par nécessité ». Elle a publié de nombreux ouvrages de référence dont À l’ombre de la langue légitime : l’Acadie dans la francophonie (2016) et, plus récemment, Dire le silence : l’insécurité linguistique en Acadie 1867-1970 (2021).
Son domaine de recherche explore les interactions entre les pratiques linguistiques, les représentations identitaires et la dynamique sociale au sein des communautés francophones minoritaires du Canada. Elle s'est particulièrement penchée sur le concept de sécurité/insécurité linguistique et ses implications en Acadie des Maritimes.
Elle a livré un témoignage sur son passé d’enseignante. «Des élèves très compétents s’interdisaient de prendre la parole ou s’excusaient de leur façon de parler s’ils la prenaient.»
Autrefois, des discours dévalorisants ont été répétés par les parents et les grands-parents. «Dans les années 50, on voulait que les gens se dotent d’un français pour communiquer avec l’ensemble de la francophonie.»
Celles et ceux qui souffrent d’insécurité linguistique sont confrontés aussi bien au regard des autres, ou à la perception qu’ils en ont, qu’au regard qu’ils portent sur eux-mêmes.
Annette Boudreau a constaté que les gens qui vivent en milieu minoritaire prennent moins la parole. «Ça touche les gens qui vivent là où le français est menacé. Ils se disent : est-ce que je suis un vrai francophone en parlant comme ça ou est-ce que je suis exclu?»
Pour éprouver l’insécurité linguistique, il faut avoir conscience d’une norme supérieure, avoir peur de parler mal, de parler faux. Il s’agit d’une croyance réelle ou ressentie d’une hiérarchie entre les personnes.
Annette Boudreau note toutefois qu’il y a de la place pour un pluralisme et constate une évolution, notamment dans le milieu artistique. Davantage d’artistes se produisent maintenant dans leur langue plutôt qu’en anglais. Elle a notamment cité en exemple P’tit Belliveau, «qui s’exprime dans sa langue à lui».
La conférence a suscité de nombreux commentaires avec des anecdotes très personnelles, révélatrices des différences régionales marquées entre le nord et le sud de la province. C’est un phénomène qui a également été constaté en France métropolitaine où les accents régionaux peuvent être méprisés par le microcosme parisien.
Un Français présent dans le public a tenu à dire que la francophonie était une symphonie d’accents et de vocabulaire, et que c’était ce qui en fait la richesse et la beauté.
Le prochain déjeuner du 2e mardi aura lieu le 14 mai prochain.
