Communauté
12 Juin 2023
Cinq personnes reconnues à Memramcook
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Normand A. Léger
Le Moniteur Acadien
La Fondation du Collège Saint-Joseph a reconnu cinq anciens de renom, dont une ancienne, qui ont étudié au campus de Memramcook de l’Université Saint-Joseph. L’événement s’est déroulé dimanche 11 juin au Monument-Lefebvre en la journée de l’anniversaire de l’arrivée du père Camille Lefebvre à Memramcook.
Issues de carrières différentes et qui ont fait une différence dans la promotion de la langue française et dans l’épanouissement du peuple acadien, les personnes reconnues sont l’ancien archevêque André Richard, l’ancien PDG de l’Assomption Vie, Gilbert Doucet (à titre posthume), la féministe et professeure Isabelle McKee-Allain, l’ancien animateur et employé de Radio-Canada à Moncton, Léo Cormier et l’ancien directeur de l’Association des banquiers canadiens, Rosaire Couturier. Toutes ces personnes ont marqué à leur manière l’épanouissement de l’Acadie dans la deuxième moitié du 20e siècle.
Gilbert Doucet Léo Cormier Rosaire Couturier
«Mgr André Richard demande souvent aux gens qu’il rencontre es-tu de bonne humeur?» C’est ainsi que le père Paul LeBlanc a débuté sa présentation de l’ancien évêque de Bathurst (1989 à 2002) et archevêque de Moncton (2002 à 2012). Né en 1937 à Bretagneville, dans le comté de Kent, il a débuté ses études à l’Université Saint-Joseph en 1952. «Il était connu pour son sérieux et sa grande intelligence, donc la clef du succès d’ajouter le père LeBlanc. Il a été ordonné prêtre par le Cardinal Cicognani à Rome en 1963. Il a servi dans plusieurs paroisses, dont Cap-Pelé et Memramcook, entres autres.»
«Je vous remercie de cet honneur, exprime Mgr Richard. J’ai apprécié mes années au Collège Saint-Joseph et toutes les règles qui s’y attachaient.»
Isabelle McKee-Allain
C’est Maurice Basque qui a présenté sa collègue Isabelle McKee-Allain, participante des luttes féministes et professeure et administratrice à l’Université de Moncton. «Grâce à ses publications, on a aujourd’hui une bien meilleure connaissance critique du rôle phare et fondateur joué par les religieuses Notre-Dame-du-Sacré-Coeur et le Collège Notre-Dame de l’Acadie, précise Maurice Basque. Ce collège a été le premier en Acadie à donner un baccalauréat aux femmes. Elle a aussi offert une bonne appréciation de l’historique des collèges dans le Nord de la province. Elle a beaucoup publié et a une imposante collection de livres sur le féministe.» Isabelle été doyenne et une des premières femmes administratrices au campus de Moncton et engagée pour l’Acadie.
«J’ai voulu souligner le rôle des communautés religieuses et leur contribution à l’éducation avec ma thèse de doctorat, a indiqué Isabelle McKee-Allain. J’ai gradué du collège de Bouctouche et ensuite j’ai fréquenté le Collège Notre-Dame d’Acadie dans un monde de femmes extraordinaires. On avait des professeures stimulantes. Cohorte de 1965, on a ensuite annoncé la fermeture du collège. Ceci est une partie de ma motivation pour ma thèse que j’ai voulu connaître les raisons de cette fermeture.»
Léo Cormier est l’un des pionniers du poste de Radio-Canada à Moncton. Son père (Jean-Baptiste) aurait bien aimé fréquenter l’université et il s’est donné comme mission d’y envoyer tous ses enfants. «Mon père est un bon vivant, cuisinier qui aime rigoler, taquiner, et surtout s’obstiner, confie son fils Charles Cormier. Il n’a pas fait sa 5e et 6e années parce qu’il est allé de l’école à Saint-Paul au Collège Saint-Joseph pour rejoindre ses autres frères en raison d’une maladie de sa mère. Parfois, il manque des arguments à ses idées parce qu’il n’a pas fait ses 5e et 6e années. » Charles a rappelé le mariage de son père avec Cécile Paulin et que tous leurs enfants ont étudié à l’Université de Moncton.
«J’entre à l’université en 7e année, c’était difficile, mais j’ai réussi, a déclaré Léo Cormier, natif de Saint-Paul-de-Kent. Neuf années plus tard, j’ai obtenu mon bac es-arts et c’est moi qui ai prononcé le discours d’adieu. J’ai joint Radio-Canada le 20 février 1954 et j’ai été annonceur à CBAF, la première station française en Acadie et en Atlantique, donc une page d’histoire. Deux ans plus tard, en 1956, j’ai épousé Cécile Paulin. Je suis devenu réalisateur à la radio en 1958 et j’ai enregistré plusieurs artistes, dont Edith Butler, Angèle Arsenault et des chorales que j’ai pu faire connaitre au réseau national. J’ai réalisé 40 soirées acadiennes dans les paroisses françaises des Maritimes. Après 34 années de service, j’ai pris ma retraite et le gout du spectacle m’est revenu. On a fondé un groupe et offert dives programmes. J’ai raconté des histoires qui ne tiennent pas debout.»
Marie-Linda Lord a présenté le défunt Gilbert Doucet, ancien PDG de l’Assomption et membre de La Patente. Il a été engagé dans bien des causes humanitaires et acadiennes. «C’est avec la création du groupe Égalité Santé en français en 2008 que Gilbert, alors engagé dans le groupe des amis de l’hôpital Georges-Dumont, a voulu défendre les droits durement acquis d’avoir une institution hospitalière dont la langue de travail était le français, d’expliquer Marie-Linda Lord. Le gouvernement menaçait d’éliminer la Régie Beauséjour. Cette cause a été gagné deux ans plus tard en 2010 pour l’entièreté du Réseau Vitalité. Il a aussi travaillé à la sauvegarde du monument de la Cathédrale de l’Assomption afin de ne pas perdre cet édifice d’une grande importance historique, patrimoniale, architecturale et artistique en Acadie.» Un livre sur l’œuvre de Gilbert Doucet a été publié en 2012. Il a évolué avec les Aigles Bleus au hockey.
«Je ne sais pas comment il est venu de Petit-Rocher à Memramcook, raconte sa fille Diane Doucet-Vautour. Est-ce à cheval?» Celle-ci a tenu à remercier la fondation pour la reconnaissance. EIle a relaté plusieurs différents événements dans la vie de son père. «Il avait à cœur et de bons souvenirs de ses années universitaires à Memramcook, a-t-elle indiqué. Il avait préparé des rencontres de classes, dont celle de 2013 et rédigeait des poèmes.» Un livre a été publié sur la vie de Gilbert Doucet.
Jean Gaudet a présenté Rosaire Couturier qui arrivait du Nord-Ouest. Il a joué avec les Aigles Bleus au hockey et détient deux doctorats et un Fellowship. «Rosaire était plutôt tranquille et intervenait dans les cours, selon Jean Gaudet. Il aimait les concepts clairs et posait des questions. Son beau-frère Clarence Cormier lui a fait rencontrer sa sœur Claudette, et le couple a célébré 63 ans de mariage la semaine dernière.» Son fils André a décrit son père comme étant fidèle à sa famille Couturier et Cormier, à la langue française, à l’Acadie et à son alma mater à l’Université Saint-Joseph. Il a obtenu une maîtrise et un doctorat en finances. Il a travaillé 21 ans (1977 à 1998) à L’institut des banquiers canadiens. Il en a fait un outil de formation dans une variété de programmes à l’international. Il serait le premier francophone à avoir obtenu une maîtrise de l’Université Western à London, Ontario.
Dans ses remarques, Rosaire Couturier a tenu à souligner que cette reconnaissance le touchait énormément. «Derrière la fondation du collège Saint-Joseph, il y a des gens qui ont réalisé un joyau de la nation acadienne, a-t-il expliqué. L’Université Saint-Joseph est un site symbolique de la renaissance acadienne, le lieu de la première convention nationale des acadiens en 1881 avec 5000 personnes. Comment ce peuple a-t-il voyagé de tous les coins de l’Acadie pour se donner comme point de départ de la renaissance acadienne avec son drapeau et son hymne national? Il faut à tout prix conserver ce monument de renaissance acadienne pour les générations à suivre. Les gouvernements parlent d’inclusivité, mais ce n’est pas si nouveau pour les Acadiens. Champlain et les Acadiens avaient constitué l’Ordre du Bon Temps en 1606, et le chef Micmac en était membre. Je demande que l’Université de Moncton s’implique pour sauver l’institution, se réapproprié ses origines et à réinsuffler de la vie à Saint-Joseph. L’Université Saint-Joseph avait comme mandat de former l’élite acadienne.»
Plusieurs membres des familles des personnes reconnues étaient présentes pour la cérémonie présidée par Jean J. Gaudet. La prochaine cérémonie doit se dérouler au mois de juillet.
