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10 Janvier 2023
Patricia Léger gagnait cinq ‘piastres’ par semaine comme servante
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KENT
Evérard Maillet
Âgée de 92 ans, Patricia Léger est certes alerte, joviale et affable. Demeurant depuis les dix dernières années à la Résidence au Bénaise, à Saint-Antoine, cette charmante dame a accepté de nous dresser un résumé de son passé, y compris quelques petites anecdotes remontant à ses années de jeunesse.
Née Patricia Pellerin à Grande-Digue, sa famille a déménagé peu de temps après dans la paisible paroisse de Notre-Dame-de-Kent. Aînée d’une fratrie de cinq enfants, Patricia n’était qu’une jeune fille lorsqu’elle effectuait déjà diverses tâches agricoles sur la ferme familiale qui s’étendait sur une terre de 150 arpents.
«J’avais surtout hâte de commencer ma première année à la petite école et je devais marcher à peu près un mille et demi (2,4 km) pour y aller. J’ai même complété ma huitième année deux fois parce qu’il n’y avait pas de classes d’études secondaires à cette école. Si j’avais voulu continuer il aurait fallu que je fréquente l’école à Saint-Antoine pour me rendre en douzième année. Mais c’était trop loin. Pourtant, j’aurais bien aimé ça de faire carrière comme enseignante», se souvient la nonagénaire.
Patricia Léger a décroché son premier emploi à l’âge de 14 ans. «Je suis devenue une servante à Moncton et, par après, ailleurs dans la région. Ça me rapportait cinq piastres par semaine, mais en ce temps-là c’était quand même bien parce qu’avec cet argent-là je pouvais m’acheter des choses, comme des souliers et du linge», de dire la grand-mère du populaire chanteur acadien Daniel Léger.
Jusqu’à quelques décennies passées, la religion catholique exerçait une influence considérable chez les pratiquants. Patricia Léger a ainsi vécu cette période qui s’avérait, selon elle, assez exigeante à l’endroit des pèlerins catholiques. «Comme exemple, pour ma première communion, je crois que juste auparavant j’avais avalé une goutte d’eau et, selon les règles de ce temps-là, ça m’empêchait donc de communier la même journée», de noter Mme Léger avec un sourire en coin. Elle se rappelle également qu’il fallait aller à la messe dès le premier vendredi du mois.
«On marchait à l’église, comme cinq milles (8 km) de loin. Et je me souviens surtout de la fois où ma mère et moi on est allées à l’église à pied mais il fallait parfois courir, et malgré ça on est arrivées en retard à la messe. Quand nous sommes entrées le curé s’est viré de bord pour nous dire qu’être en retard c’était un péché mortel! Ma mère s’est presque évanouie juste là et à part de ça que nous n’avions pas déjeuné pour recevoir la communion! C’était traumatisant!», dit-elle, précisant que l’Église s’est néanmoins adaptée et renouvelée au fil des années suivantes en introduisant des changements plus modernes.
C’est en 1950 que Patricia et Émile à Philippe Léger se sont unis pour la vie par le sacrement de mariage. «Le lendemain, on n’avait pratiquement rien. On ne possédait que cinq piastres pour commencer notre nouvelle vie de ménage». Les jeunes mariés se sont par la suite établis à Saint-Antoine où ils ont fondé une famille de sept enfants. Veuve depuis des années, Patricia Léger est d’autant plus la grand-maman de dix petits-enfants et de neuf arrière-petits-enfants.
Lire des livres, écouter la radio et regarder la télévision figurent parmi ses passe-temps préférés. «Je ne manque surtout pas l’émission The Young and the Restless”, avoue Mme Léger en se pâmant de rire. Aujourd’hui, en dépit de certains problèmes de santé plus ou moins «incommodants», notamment le mal de dos et des hanches, Mme Léger ne se plaint pas pour autant. À noter que sa défunte mère, Aldéa Pellerin Cormier, a rendu l’âme à l’âge avancé de 112 ans.
«Je suis quand même très bien ici au Bénaise. On ne peut pas demander mieux, et avec de la très bonne nourriture » de conclure Patricia Léger, tout en souhaitant une bonne et heureuse nouvelle année aux lecteurs et lectrices du Moniteur Acadien.
