Chroniques

Université de Moncton : les dés étaient pipés d’avance


Jean-Marie Nadeau
jmlacadie1@gmail.com



Pour une université qui venait de s’engager à se rapprocher de la communauté acadienne et de la nation Mi’kmaq dans son plan quinquennal, elle vient de perdre une belle occasion de valider cet engagement en mettant fin brutalement au processus du changement de son nom. Mettre fin au débat, c’est indigne d’une institution de haut savoir. Je suis un mauvais perdant dans ce dossier, car j’ai l’impression d’avoir été bafoué tout au long du processus.

Celui-ci a manqué de transparence et de fair-play de la part de l’Université. Dès les débuts de cette démarche, on a senti que l’Université se braquait contre le concept de changement. Le président du Conseil, Denis Mallet, s’est approprié de façon autoritaire le contrôle du débat. Son opposition personnelle au changement de nom a transpiré dans sa façon d’aborder la question. Il a même muselé le recteur et les membres du Conseil dans leur capacité à intervenir dans le débat. Et pourtant, le recteur est normalement le principal porte-parole de l’Université. On peut parler ici d’abus de pouvoir, et presque de déni de démocratie.

Il semble évident que la direction de l’Université avait concocté dans ses moindres détails la résolution soumise aux membres du Conseil avant qu’il n’y ait eu de débat. Les dés étaient pipés d’avance.

De par cette décision inacceptable, l’Université manque de respect envers les communautés acadienne et autochtones. Dans les considérants menant à la motion principale “de ne pas prolonger le processus de réflexion sur la dénomination de l’Université de Moncton”, aucune expression d’empathie n’est portée envers ces deux communautés. Pourtant, aucun mouvement populaire en faveur du changement de nom n’a été aussi grand et manifeste dans ce dossier dans toute l’histoire de l'Acadie. De plus, cette décision est un affront face à la gent artistique, composée de faiseurs d’avenir et de culture acadienne, qui a largement soutenu le changement de nom.

Le principal argument fallacieux qu’avance le Conseil des gouverneurs pour justifier sa décision est que le nom Moncton ne fait pas allusion au personnage historique, mais strictement à l’appellation d’une ville. C’est du mauvais Maurice Basque tout craché. Par quelle opération du Saint-Esprit peut-on dissocier un nom de sa personne? Ainsi le nom anglicisé de notre seule université sera perpétué dans les années à venir. Quel manque de noblesse, d’honneur et d’estime de soi!

Il faudrait que plusieurs Acadiens et Acadiennes, surtout du sud-est, arrêtent de faire continuellement des accommodements raisonnables face aux anglophones, lesquels tombent toujours en faveur de l’anglophone. Les accommodements raisonnables sont comme la Tour de Pise et le bilinguisme, ils penchent toujours du même côté. Il a été reconnu de notoriété publique que plusieurs gens d’affaires du sud-est ont paradé de façon indécente chez le recteur en le menaçant de retirer et de retenir leurs sous, si l'Université changeait de nom. On appelle ça du chantage pur et simple.

Vouloir acadianiser le nom de notre seule université acadienne au Nouveau-Brunswick aurait dû être une décision simple, progressiste et enthousiaste. Le Conseil de l’Université en a décidé autrement. On a plaidé et baigné dans le statu quo, ce qui est toujours un recul. Dans les considérants, on a mentionné “le peu d’empressement démontré par les membres de la communauté universitaire” face à cette question. Or, l’Université n’appartient pas qu’à la communauté universitaire d’aujourd’hui. Elle appartient aussi aux communautés universitaires de l’avenir et à la société acadienne. On n’en a pas tenu compte.

Le Conseil prétexte aussi l’ampleur de son plan opérationnel et de la Stratégie 2023-2028 comme autre argument pour s’objecter au changement de nom. Comme le dit l’adage, “on peut marcher et mâcher de la gomme en même temps”. Changer le nom aurait pu donner une autre impulsion et de l’envergure à tous ces projets. On a plutôt choisi de se retrancher piteusement dans sa tanière.

Malgré tout, le plus beau dans tout cela a été de travailler sincèrement et honnêtement avec le Comité citoyen, sachant que l’on avait un soutien populaire derrière nous. Il me semble que nous avons grandement respecté les règles du jeu. Je dirais même que nous avons probablement été trop conciliants. En sachant qu’on nous conduisait à l’abattoir, nous aurions peut-être dû être plus énergiques et agressifs. Le dossier n’est pas fermé pour autant. Le Comité citoyen reste en place et en action pour le moment.