Chroniques

Un cri du cœur à notre belle jeunesse


Jean-Marie Nadeau
jmlacadie1@gmail.com



De temps à autre, je me retrouve à fréquenter des endroits tels que le Furnace Room ou le Laundromat. À chaque visite, la jeunesse qui s’y trouve me fascine invariablement. Les jeunes sont également très amicaux, prêts à engager la conversation. C’est comme si je prenais un bain de beauté à chaque fois. Ce sentiment se reproduit également lorsque je croise des enfants. Ils semblent tous incroyablement beaux, plus qu’auparavant. En tant que grand-père, j’ai pu observer cette beauté grandissante au sein de ma propre descendance.

On peut se demander ce qui produit ce phénomène. Peut-être est-ce dû au fait que les familles sont aujourd’hui moins nombreuses, souvent limitées à un ou deux enfants, voire trois. Cette réduction du nombre d’enfants permet aux parents de consacrer davantage de temps à chaque enfant individuellement. Cependant, cela peut parfois conduire à des excès d’attention pouvant entraîner une attitude gâtée chez les jeunes.

L’alimentation et l’hygiène jouent certainement un rôle déterminant dans cette évolution. À une époque où les familles, comme celle dont je suis issu, comptaient jusqu’à dix enfants, il était souvent ardu pour les parents de consacrer du temps à des habitudes d’hygiène simples, telles que le brossage des dents, surtout avant de se rendre à la messe à 7h00 tous les matins. De surcroît, notre alimentation était riche en matière grasses, notamment avec un aliment tel que le bacon. Nous consommions même des sandwichs au sucre brun et bien d’autres pâtisseries. Tout cela contribuait à des problèmes dentaires dès l’âge de vingt ans, conduisant parfois à l’utilisation de prothèses dentaires à l’âge de soixante ans.

Ces jeunes sont physiquement attrayants, arborant des sourires aux dents éclatantes et adoptant un style vestimentaire qui évoque la vitalité. Leur apparence dégage un sentiment de bien-être. Cette génération bénéficie d’une profusion d’outils, en particulier dans le domaine informatique. Du bout des doigts, elle peut accéder à une quantité d’informations inimaginable. Cependant, la question cruciale demeure : ces ressources sont-elles utilisées judicieusement ?

Car cette jeunesse perd de son attrait lorsqu’on aborde les aspects politiques et patriotiques. Elle semble imprégnée d’égocentrisme et d’individualisme, où rien ne semble susciter d’intérêt en dehors de leur propre personne. L’obsession de la réussite financière est prédominante. Un exemple flagrant de cela a été observé récemment lors du débat sur le changement de nom de l’Université de Moncton : une apathie généralisée, une absence marquée et un silence assourdissant.

Leur absence se fait également sentir sur les barricades lors des manifestations contre les conflits tels que celui entre Israël et le Hamas, ou en Ukraine. Même en ce qui concerne les enjeux environnementaux, qui semble être leurs domaines de revendications privilégiés, peu d’actions concrètes sont entreprises.

Les parents de cette nouvelle génération sont plus aisés qu’auparavant, et les jeunes en tirent parti. Nombre d’entre eux possèdent déjà une voiture à l’âge de dix-huit ans. Il suffit de se rendre sur le campus de l’Université de Moncton pour constater l’affluence sur les terrains de stationnement.

Auparavant, la jeunesse avait le leadership des revendications : Vietnam, Kouchibouhouac, Parti acadien, occupation de l'Université de Moncton, libération sexuelle… Dans ce temps-là, on reprochait à la jeunesse de ne pas avoir l’appui de la communauté. Aujourd’hui, la communauté s’exprime et la jeunesse se tait. Quand va-t-on sortir de ce cercle vicieux, et en arriver à une symbiose d’intérêt entre la société et sa jeunesse? Comme au Québec, il y a quelques années, dans la bataille du carré bleu.

La jeunesse d’aujourd’hui souffre. Elle semble être victime d’isolement. Malgré la possibilité pour un jeune d’avoir mille amis sur Facebook, il éprouve souvent des difficultés à établir trois véritables amitiés en personne. Cette réalité complique les relations interpersonnelles.

Un autre problème émerge : la méconnaissance des jeunes à l’égard de l’histoire ancienne et contemporaine de l'Acadie. Cette lacune peut être attribuée en partie à ma génération qui n’a peut-être pas sur transmettre son savoir. Les jeunes prennent souvent tout pour acquis, sans prendre conscience des combats acharnés qu’il a fallu mener pour obtenir les acquis d’aujourd’hui. On se demande parfois si nous n’avons pas trop bien accompli notre tâche.

Toutefois, il ne faut pas céder au pessimisme intégral. Heureusement, de nombreux jeunes font preuve d’un leadership indéniable. On n’a qu’à citer des exemples tels qu’Alexandre Cédric Doucet, qui a brillamment dirigé la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick, ainsi que Valéry Robichaud, Éric Dow, Maxime Boudreau pour n’en nommer que quelques-uns. Et que dire du dynamisme du milieu culturel ? Jamais la scène artistique n’a été aussi florissante avec des talents tels que Lisa LeBlanc, Gabriel Malenfant, Simon Daniel, Céleste Godin, les Hay Babies, les Hôtesses d'Hilaire, et bien d’autres. En parallèle, on observe une croissance significative du nombre de jeunes entrepreneurs prospères, à l’image de David Gauvin, Clément Dugas, Frédérick Dion, Ève Arseneau, Dominique Ratté, démontrant sans équivoque le potentiel prometteur dans l’air.

Nous assistons indéniablement à une dégradation rampante du fait français en Acadie. En 1960, 38% des Acadiens et Acadiennes du Nouveau-Brunswick parlaient en premier le français à la maison. Aujourd’hui, ce chiffre a chuté à 26,8%, une situation catastrophique. Si cela ne constitue pas un cri d'alarme, je me demande bien ce que cela pourrait être. L’Acadie ne peut pas survivre par une simple opération du Saint-Esprit. En tant que citoyens acadiens, y compris les jeunes, il est impératif de prendre des mesures actives pour inverser cette tendance. Des gestes concrets doivent être posés.

Oui, la jeunesse d’aujourd’hui est belle physiquement, mais elle doit apprendre à se faire une beauté politique et patriotique. Je demeure optimiste!