Chroniques

Un an déjà


Jean-Marie Nadeau
jmlacadie@gmail.com


Que le temps passe vite et que d'eau a coulé sous les ponts depuis ce temps-là! En effet, il y a déjà un an, soit le 8 février 2023, j’écrivais dans le Moniteur acadien une chronique-choc demandant un changement de nom de l’Université de Moncton. Ce cri du cœur a résonné profondément dans l’âme collective de la communauté acadienne du Nouveau-Brunswick et d’ailleurs.

En effet, très rapidement, plus de 1.400 personnes ont signé une pétition réclamant ce changement de nom. C’est une des plus importantes pétitions que l’Acadie du Nouveau-Brunswick ait connu dans son histoire. Presque toute la communauté artistique a signé, y compris LIsa LeBlanc, Édith Butler, Zachary Richard. Mais plus de 1.100 signataires étaient des gens du peuple, soit des camionneurs, des travailleuses d’usines de poissons, des bûcherons, des enseignants à la retraite, etc. Nous devons reconnaître que c’est vraiment un mouvement populaire. Il y a eu aussi des politiciens, des municipalités, des associations provinciales acadiennes dont la SANB. Un des soutiens parmi les plus appréciés est celui des Premières nations Mi’kmaq.

Bien sûr que le nom Moncton, un de nos bourreaux nationaux, pose un grave problème. De plus, ce nom est anglophone. Comment pouvons-nous tolérer que notre seule université acadienne au Nouveau-Brunswick porte un nom anglophone? Ça fait une douzaine de fois que les Acadiens et Acadiennes essayent de faire changer ce nom. Il faudrait que cette fois-ci soit la bonne.

Un comité citoyen pour un nouveau nom a été créé le 19 mars 2023. J’ai rarement fait partie d’un comité aussi compétent, solidaire et résilient. Comme le dit l’adage, il a été créé pour veiller tard.

Nous avons toutes et tous été désarçonnés de la manière cavalière avec laquelle le Conseil de l'Université s’est carrément débarrassé du dossier. Même plusieurs partisans du statu quo ont eux aussi dénoncé cette façon de faire. Une université est faite par définition pour encourager les débats, les discussions. En agissant comme il a fait, le Conseil de l’Université a transgressé une des règles fondamentales de ce qui constitue une université: débattre. C’est déplorable! Le peuple acadien a envie de parler avec son Université : que l'Université lui donne la parole!

J’ai plusieurs amis qui sont favorables pour le maintien du nom. Un de leurs arguments, c’est qu’il n’y a pas de consensus pour le changement de nom. À cela, nous répondons qu’il n’y pas non plus de consensus sur le maintien du nom actuel.

Je suis excessivement déçu et attristé que certains de mes amis ne comprennent pas l’essentiel des arguments pourtant explicites, probants et élémentaires des partisans du changement. Se débarrasser du nom Moncton dans le nom de notre université est moins important que de lui donner un nom acadien et français. De plus, ce serait un geste de décolonisation.

De fait, nous ne voulons plus que notre seule université acadienne ait un nom anglophone. Bien nommer en français notre université, c’est bien se définir comme peuple acadien. Ce faisant, ça devient clairement du renforcement identitaire, et o combien en avons-nous besoin par les temps qui courent! Comme le dit si bien et simplement l'écrivain Jean Babineau : "donnons un nom acadien à notre université".

De plus, notre université a trois campus dans trois régions différentes. Colporter le nom de Moncton sur chacun de ces trois campus est une aberration. Les anglophones n’accepteraient pas que UNB soit l'Université de Fredericton à Saint-Jean, par exemple. Ils n'accepteraient pas non plus que leur université porte un nom français comme l'Université Champlain. De plus, il semble que l'Université de Moncton soit la seule université en Amérique qui porte le nom d'un militaire, pour nous qui sommes un peuple pacifiste. Nous avons besoin d’un nom d’université qui nous ressemble et qui nous rassemble.

Quant aux coûts, exagérés dans le rapport de l'Université, ils seront absorbés par une campagne de financement populaire : ça ne coûtera pas un sou aux étudiants. Et je rappelle que ça fait 40 ans que je me bats pour la gratuité postsecondaire, donc universitaire.

Serge Rousselle a déjà dénoncé dans un livre l'obscurantisme et le totalitarisme au niveau de la direction de l'Université. Ce phénomène perdure encore. Face à cela, le Comité citoyen n'a pas le choix que de hausser le ton. Prioriser la contextualisation de Moncton (qu'est-ce que ça mange en hiver?) et y investir de l'argent pour ce faire est du gaspillage. Veut-on en arriver à nous convaincre que Moncton est beau et gentil?

Le Comité citoyen appelle à la mobilisation populaire contre ce genre de manigances. Il vaudrait mieux investir cet argent pour que l'université se rapproche de sa population et la consulte sur le changement de nom. De fait, le seul problème toponymique de l'université de Moncton est son nom actuel!