Chroniques

Stella Maris et la centralisation en santé


Jean-Marie Nadeau
jmlacadie1@gmail.com


Encore une fois, les foudres du gouvernement tombent sur l’Hôpital Stella-Maris. On l’ampute de ses services de soins aigus. Ce faisant, on vient de lui enlever l’essentiel de ce qui faisait vraiment de cet établissement un hôpital à part entière. On le réduit ainsi à ne devenir qu'un gros foyer de soins. C’est révoltant, et il faut que la population se mobilise, encore une fois, pour empêcher cette aberration. Espérons que ce n'est pas le début sournois de la fin des petits hôpitaux.

Il est incompréhensible que notre gouvernement provincial, comme bien d’autres gouvernements à part ceux de la France ou de la Finlande, par exemple, ne puissent pas régler les problèmes endémiques de notre système de soins de santé. Nous émettons l’hypothèse que c’est dû en grande partie au fait que notre système provincial de santé est trop centralisé. Comme si on pouvait tout régler dans ce domaine à partir de Fredericton.

À Stella Maris, s'il y avait eu une gouvernance locale, on aurait réagi plus vite au départ de médecins. On aurait ainsi empêché la situation de s'embourber, comme c'est le cas maintenant!

D’ailleurs, où sont les conseils d’administration fantoches et politisés de nos deux Régies provinciales de santé? Nous ne les avons pas entendus depuis des mois. Leur silence est évocateur de leur inutilité. Les Régies actuelles de santé n’ont plus les espaces critiques par rapport au gouvernement et à son ministère de la Santé pour fonctionner efficacement. C’est comme si elles n’existaient pas dans les faits.

Sans sombrer trop profondément dans la nostalgie, nous pouvons tout de même dire que nos hôpitaux, sous l’habile direction des religieuses et encadrée par des conseils d’administration d’hôpitaux locaux, semblaient fonctionner mieux. Tout de suite, je pense à Fernand Rioux à Caraquet qui faisait un bon travail avec son conseil. Les gouvernements interpellent continuellement la population pour qu’elle s’implique socialement. Dans le domaine de la santé, au contraire, notre gouvernement a tout fait pour éloigner la population de la gouvernance de ses institutions de santé, et ainsi se déresponsabiliser.

La création de régies provinciales n’est pas en soi une mauvaise idée. Mais ce que sont les régies provinciales de santé actuelles est un non-sens, parce que les membres de leur conseil d’administration sont tous nommés par le gouvernement lui-même. Mieux vaut être un petit ami du gouvernement pour y siéger, et être conservateur de surcroît ne peut pas nuire.

Ça nous prendrait des régies provinciales dont les membres des conseils d’administration seraient tous élus. De plus, ces élus devraient avoir des comptes à rendre aux différents conseils d’hôpitaux locaux et à la population. Ainsi, nous n’aurions plus de situations malencontreuses comme ce qui s’est passée avec le docteur Louis-Marie Simard qui s’est fait mettre à la porte du conseil d’administration de la Régie Vitalité, parce qu’il faisait partie d’un comité citoyen de santé régional.

J’ai été membre du conseil d’administration de la Régie de santé pendant plusieurs années. J'ai été élu par plus de 5.000 votes, ce qui représentait un nombre de votes plus élevés que ceux reçus par vingt-six députés provinciaux. Mais rendu sur le conseil d’administration de Vitalité, on m’a dit qu’il fallait que j’oublie ces votes. Que je n’avais pas de compte à rendre à mes électeurs. Que je n’étais plus qu’un membre comme les autres, dont ceux nommés par le gouvernement. Ça m’a révolté. J'ai décidé de quitter ce conseil d'administration totalement inapte.

De telles situations incongrues ne devraient plus se produire. Il faudrait que les futurs membres élus des conseils d’administration des Régies aient des pouvoirs politiques effectifs, dont l’obligation de rendre des comptes à ses électeurs et à la population. Et aussi d’être en contact avec les conseils d’hôpitaux locaux et avec les comités locaux et régionaux de citoyens en santé.

Il nous semble que le statut actuel de l’Hôpital Stella Maris ne serait pas le même si nous avions fonctionné selon un mode de gouvernance tel que décrit plus haut. Ce n’est pas un luxe que d’avoir un hôpital fonctionnel entre Miramichi et Moncton. La population de Kent a raison de se révolter face à la façon dont on traite son hôpital. Il ne faut pas lâcher!