Chroniques

Plus que jamais nécessaire


Jean-Marie Nadeau
jmlacadie1@gmail.com


Le chroniqueur, quel qu’il soit, a parmi ses prérogatives la possibilité de faire l’analyse des faits au meilleur de sa connaissance, tout en exprimant fortement ses sentiments et ses opinions. Plus que jamais, dans ce dossier du changement de nom de l’Université de Moncton, je ne veux pas être objectif. Mon cri du cœur face à ce nécessaire changement est un plaidoyer, pour ne pas dire une supplication.

Vendredi dernier, André-Carl Vachon, éminent historien qui a déjà écrit une dizaine de livres sur l’Acadie, lançait un livre de 400 pages intitulé “L’histoire des changements de nom : le défi de l’Université de Moncton”. Avec brio, il réussit de façon exhaustive et holistique à faire l’histoire des 60 dernières années des différentes tentatives de faire changer le nom de l’Université de Moncton par un nom plus acadien, tout en faisant une revue complète des tentatives de cette année pour ce faire depuis le mois de février 2023. Qu’il ait pu produire un tel volume en si peu de temps relève de l’exploit, et je l’en remercie.

Même si ce livre est un livre scientifique sans recommandations comme telles, sa lecture ne peut que nous amener à conclure que l’on se doit de procéder maintenant au changement de nom de l’Université de Moncton. Il est temps de lui donner un nom plus acadien en sa qualité de plus grande institution acadienne. La société acadienne du Nouveau-Brunswick a atteint un tel niveau de maturité et de modernité pour que cela se fasse, enfin. Sinon, le débat reprendra dans dix ans, et tant que ça ne sera pas réglé. De plus, les deux chercheurs nommés par l’Université pour faire l’état des lieux pourront profiter largement de ce livre. En réalité, cet ouvrage est de facto l’état citoyen des lieux.

Les Commissions Lebel de 1971 et Lafrenière de 1975 prônaient déjà que notre Université s’appelle “L’Université acadienne du Nouveau-Brunswick”. Un des facteurs qui a empêché l’Université de prendre une décision positive en ce sens était le manque de consensus provincial au sein de la communauté. La région de Madawaska-Victoria était à cette époque récalcitrante à tout ce qui était acadien. L’Acadie avait surtout des références de la mer et de la pêche pour se définir de façon prépondérante. Être Acadien au Madawaska, c’était presque comme attraper une maladie. Mais depuis ce temps-là, le ton a bel et bien changé. La tenue du Congrès mondial acadien des Terres et forêts de 2014 a permis au Madawaska de se réconcilier avec tout ce qui est acadien. Ce n’est donc plus un handicap.

Mais, le plus important est ce qui suit. Suite à un Rapport Angers déposé en 1979, le Conseil des gouverneurs avait adopté la résolution suivante: "ne pas changer le nom de l'Université avant d'être assuré que le nouveau nom rallierait toute la population ou du moins sa grande majorité". L'Université n'a jamais donné suite à cette résolution, qui pourtant est toujours opérante. Je crois que c'est maintenant que cela doit se faire.

Il est malheureusement difficile d’avoir en Acadie des débats sans acrimonie. On confond souvent débats et chicanes. Un peuple qui ne sait pas débattre respectueusement en son sein, ne peut progresser intelligemment. J’ai ouï dire, par exemple, qu’un leader acadien en a appelé un autre pour lui dire qu’il mettait fin à leurs relations puisque ce dernier soutenait le changement de nom. Quel enfantillage inconvenant ! Il faut que ce genre d’attitude cesse. Personnellement, je respecte tous ceux et celles qui sont contre le changement de nom.

L’Acadie est en péril. On doit continuellement miser sur le renforcement identitaire. Dans cette optique, changer le nom de l’Université de Moncton est un des plus grands gestes patriotiques à faire actuellement. Plusieurs personnes sont découragées de ce qui se passe en ce moment en Acadie du Nouveau-Brunswick, surtout sous un gouvernement Higgs. Plusieurs songent même à déménager au Québec ou en France pour pouvoir enfin vivre plus en français. Perdre le dossier du changement de nom pourrait accélérer ce mouvement de départ de l’Acadie. Le perdre pourrait même en désengager plusieurs du militantisme acadien.

On n’est pas toujours chanceux de vivre un moment comme celui-ci qui changera la trajectoire historique de notre peuple. Nous vivons actuellement un tel moment dans le dossier du changement de nom de l’Université de Moncton. Ayons le courage de nos convictions nationalistes, et changeons ce nom de l'Université de Moncton pour un nom plus acadien. Le statu quo n'est jamais une avancée, mais il est toujours un recul !