Chroniques

Nos devoirs et ceux des nouveaux arrivants


Jean-Marie Nadeau
jmlacadie1@gmail.com



Depuis quelques années, nous n’arrêtons pas de nous réjouir - avec raison ! - de l’arrivée importante de nouveaux arrivants au Nouveau-Brunswick. Cela explique en partie le cumul des surplus budgétaires, car nous sommes plus nombreux à payer des taxes et des impôts. Cependant, un tel flot de nouvelles personnes commande que l’on précise nos capacités d’accueil, comme ça demande de façon réciproque aux nouveaux arrivants des conditions d’intégration.

Mais avant tout, il est légitime de nous questionner sur les informations consulaires que donnent nos ambassades à l’étranger à ces candidats à l’expatriation au Canada. Il apparaît évident que l’on n’insiste pas assez sur les réalités bilingues de ce pays, surtout en ce qui concerne le Nouveau-Brunswick. Combien de nouveaux arrivants, surtout de l’Afrique francophone, sont surpris de réaliser que l’on ne peut pas réellement vivre comme unilingue français dans cette province. C'est comme si le Canada faisait de la fausse représentation consulaire.

En contrepartie, combien de nouveaux arrivants unilingues anglophones du monde anglophone, surtout des anciennes colonies britanniques, réalisent qu’en ce qui les concerne, ils peuvent très bien vivre ici comme unilingues. Le déséquilibre est flagrant. Pourtant, plusieurs de ces personnes proviennent de pays où il y a plusieurs langues officielles. Pour ceux et celles qui n'ont ni le français ni l'anglais comme langue maternelle, l'idéal serait qu'ils acceptent d'être trilingues dans un pays bilingue.

Il faudrait des programmes majeurs d’apprentissage des deux langues officielles, et cela devrait être gratuit. Les nouveaux arrivants devraient savoir que leurs deux premières années d’existence dans notre pays seront vouées en grande partie à l’apprentissage des deux langues officielles du Canada, ou au moins à l’apprentissage de l’autre langue officielle qu’ils ne connaissent pas.

Il faut reconnaître qu’il existe déjà de nombreuses histoires d’intégration réussie dans notre province. On pense tout de suite à Cap-Acadie, à Saint-Quentin et au Haut-Madawaska. Parmi les recettes qui contribuent à ces succès, il y a le fait que ces communautés, dans leur ensemble, s’impliquent activement dans l’accueil de ces nouveaux arrivants. De plus, ce sont des communautés essentiellement francophones à la base. En outre, il y a de gros employeurs francophones, que ce soit dans les produits de la mer, la foresterie ou l’élevage du poulet qui embauchent plusieurs employés provenant d’un même pays. Finalement, les enfants de ces nouveaux arrivants vont à l’école en français et contribuent ainsi à la francisation de leurs parents.

Les plus gros problèmes d’intégration se situent au niveau des villes ou dans les milieux ruraux où des nouveaux arrivants s’installent au compte-goutte, de façon éparse, par exemple dans le comté de Kent. Heureusement que, dans les villes, il y a des organismes d’intégration communautaire comme le CAFI et Magma à Moncton.

En tant que société, nous avons des devoirs d'accueil et d’intégration à remplir. De leur côté, les nouveaux arrivants doivent eux aussi faire des efforts d’intégration et d'adaptation. Autant il est correct que ces nouveaux arrivants aiment se retrouver avec des membres de leur communauté d’origine, autant il serait important que ceux-ci fréquentent plus souvent les activités de leur nouvelle communauté d’adoption. Il est à déplorer, par exemple, que peu de nouveaux arrivants assistent à des spectacles acadiens, sauf peut-être aux grands spectacles du 15 août.

Fréquentant encore quelque peu les bars, je réalise qu’ils sont encore surtout remplis de blancs anglo-saxons et acadiens. Mais il y a deux exceptions pour moi, soit le Furnace Room et le Dog House à Moncton. Je regrette qu’il n’y ait pas de nouveaux arrivants qui assistent aux spectacles de folklore acadien et irlandais le dimanche après-midi au pub Old Triangle.

Il n’est pas réactionnaire de dire que l’arrivée massive de nouveaux arrivants, de façon anarchique comme cela se fait maintenant, menace notre identité acadienne. Il serait réactionnaire d’être contre l’immigration, ce qui n’est pas notre cas. Mais il serait irresponsable de se contenter du statu quo. Il faut trouver de nouvelles mesures drastiques pour améliorer cet état des lieux. Mais il faut pour cela que nous, comme société d'accueil, polissions nos politiques et méthodes d’accueil, et que les nouveaux arrivants révisent aussi leurs façons de faire face à leur nouvelle communauté d’adoption! La situation ne s'améliorera pas sans des efforts courageux, audacieux et innovateurs impliquant les deux parties prenantes à cet enjeu crucial.