Chroniques

L’insupportable endettement étudiant


Jean-Marie Nadeau
jmlacadie1@gmail.com


Ça fait près de cinquante ans que je milite contre l’endettement étudiant. C’est dire si je suis pour la gratuité pour les études postsecondaires et universitaires. J’ai eu l’honneur et le bonheur de recevoir, dans cette croisade, le soutien du Sénateur Louis-J. Robichaud. Il était fermement engagé. Il est malheureux que plusieurs de ses partisans ne soient pas devenus des adeptes de cette importante cause. En effet, dans les dernières années de sa vie, il fut un ardent défenseur de cette idée. Il a d’ailleurs émis sa fameuse phrase comme quoi “l’éducation est le meilleur outil d’avancement et de développement d’un peuple comme le nôtre”. Qu’est-ce que j’ai aimé, comme vous, ce grand homme patriotique!

Trop de personnes pensent que la gratuité universitaire est d’un idéalisme inatteignable, pour ne pas dire un luxe. Mais ces sceptiques sont confondus lorsque l’on constate que plusieurs pays ont des programmes de gratuité universitaire. C’est notamment le cas en France, en Allemagne et en Finlande, parmi tant d’autres pays. Or, que remarquons-nous? Ces pays brillent sur le plan économique.

Un reportage récent dans l’Acadie Nouvelle montrait avec horreur l’ampleur du problème pour nos étudiants acadiens. On ne rit plus. Pour les quatre premières années universitaires, certains étudiants se retrouvent avec un niveau d’endettement pouvant aller jusqu’à 65.000 dollars. Si une telle situation n’est pas scandaleuse, je me demande ce qu’elle est.

Il est pourtant connu et reconnu que l’éducation est le principal outil massif de renforcement et d’enrichissement identitaires qui mène au plein développement individuel et collectif. Depuis 60 ans, les 40.000 diplômés de l’Université de Moncton ont fait la démonstration manifeste qu’ils ont contribué largement à l’évolution exponentielle de notre société. Ces retombées positives ont occupé tous les domaines, qu’il s’agisse des milieux d’affaires, du monde politique ou encore de la sphère artistique.

Cet endettement étudiant colossal a des conséquences dramatiques pour ces jeunes diplômés qui entrent dans la vie active. Comment devenir propriétaire d’une maison au prix minimal de 125.000 $ à 150.000 $ ? Comment, en tant que famille, faire l’acquisition - souvent nécessaire - de deux voitures? Et que dire maintenant du fait d’avoir des enfants?

Ces jeunes sont donc étranglés financièrement alors qu’ils entament leur vie d’adulte. Plusieurs d’entre eux prennent donc rapidement des emplois dans les deux fonctions publiques provinciale et fédérale. Une telle situation les amène souvent à s’auto-censurer quant à s’impliquer socialement et politiquement dans les différents organismes, surtout politiques comme la SANB ou les partis politiques par exemple. Ensuite, on se questionne dans ces organismes sur le manque de relève.

Ainsi, bien que l'engagement professionnel de ces nouveaux travailleurs dans des secteurs tels que les deux fonctions publiques contribue grandement au développement de la société, il subsiste un manque à combler en matière de développement communautaire, ce qui est regrettable. C’est malheureux, surtout pour une communauté linguistique en situation minoritaire comme la nôtre.

La gratuité universitaire représenterait un tremplin universel pour l'accès aux études supérieures, nivelant ainsi les chances pour les enfants issus de milieux défavorisés de poursuivre des études avancées. Cela pourrait ainsi favoriser l'émergence et l'épanouissement plein et entier de talents exceptionnels, à l'image de Mozart et d'Einstein, au sein de la société.

Il est clair que l’endettement étudiant est un fléau pour notre société. Pour ce qui est du changement de nom, rappelons que le Comité citoyen pour un nouveau nom s’engage solennellement à ce que ça ne coûte pas un sou aux étudiants. Une campagne populaire de financement devrait suppléer à la tâche. De plus, il n’est pas interdit de penser que, à travers ses programmes de renforcement identitaire, le gouvernement fédéral puisse participer au financement des coûts du changement.

Plus que jamais, il faut interpeller nos deux niveaux de gouvernement pour réussir à implanter un régime de gratuité universitaire. Même si l’éducation est de juridiction provinciale, il n’est pas impossible que le fédéral s’implique dans le financement universitaire, comme il le fait déjà en santé. De plus, il serait temps que le secteur privé s’implique, surtout les banques qui font une fortune sur le dos des étudiants. Elles pourraient créer un Fonds canadien de gratuité universitaire.