Chroniques

Deux dossiers inachevés


Jean-Marie Nadeau
jmlacadie1@gmail.com



Dans le cours de la campagne électorale provinciale qui s’en vient, il y a deux dossiers inachevés que les partis politiques ne pourront ignorer dans les débats à venir. Ce sont les dossiers de la réforme de la gouvernance locale et celui de la révision de la Loi sur les langues officielles. Par abus de pouvoir et de façon puérile, Higgs joue avec nos nerfs quant à la tenue hâtive ou pas d'une élection.

Si le dossier de la gouvernance locale est le seul que ce gouvernement conservateur ait su à peu près bien mener, le manque de financement pour l’accompagner fait magistralement défaut et la décision du ministre de vouloir imposer son contrôle sur les décisions locales est regrettable.

Il est malheureux que dans un contexte de surplus budgétaires successifs, ce gouvernement n’a pas su financer adéquatement cette importante réforme. À cause de ce manquement, cette réforme, qui aurait pu être un grand succès, constitue dans les faits en grande partie un échec. On ne peut pas continuellement décharger du provincial au municipal des responsabilités sans doter ces municipalités d’un financement approprié pour bien s’acquitter de leurs nouvelles tâches. Surtout que ce gouvernement avait les moyens financiers de le faire.

Les partis politiques impliqués dans cette prochaine campagne électorale devront s’engager à ce que le nouveau gouvernement provincial élu augmente de façon substantielle l’argent dévolu à cette indispensable réforme. Sinon, la portée de cette réforme risque d’être caduque et viciée.

Le monde municipal est le lieu de pouvoir populaire le plus près des communautés. Pour nous, Acadiens et Acadiennes, c’est le pouvoir politique qui nous appartient le plus. Il est donc de la plus haute importance. Que le ministre de la Gouvernance locale se soit vu octroyer un pouvoir totalitaire sur les décisions locales des municipalités est abusif. Un tel pouvoir ministériel totalitaire gruge le pouvoir politique acadien. On doit absolument réviser à la baisse ces pouvoirs du ministre. Dans un tel contexte, l'Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick (AFMNB) constitue de facto une de nos plus importantes associations acadiennes.

Pour ce qui est de la révision de la loi sur les langues officielles, ce fut un rendez-vous manqué. L’aversion profonde du premier ministre Higgs et de son lieutenant Kris Austin face aux langues officielles a complètement fait déraper l'ampleur de cette nécessaire révision. Il est aberrant qu'après cinquante ans de bilinguisme officiel, on en soit encore à traiter ce dossier avec des pincettes.

Et pourtant, la communauté acadienne égalitaire a fait amplement la démonstration qu'elle contribue dans l'égalité à l'enrichissement économique et linguistique de cette province. Depuis McKenna, le Nouveau-Brunswick a de façon spectaculaire fait la preuve que le bilinguisme est hautement rentable pour la province.

Il serait temps que notre lutte pour l'égalité réelle devienne obsolète. Qu'elle ne soit plus nécessaire. Pour ce faire, ça nous prend une loi sur les langues officielle proactive et holistique qui célèbre comme il se doit l'égalité de nos deux communautés linguistiques, tout en gardant une place équitable et égale aussi pour les communautés autochtones.

Il faut qu'il y ait un véritable Secrétariat aux affaires linguistiques rattaché au Bureau du premier ministre, de même qu'un comité permanent de l'Assemblée législative voué à cette importante question. Il en est de même pour l'augmentation des pouvoirs d'enquête et de sanction pour le Commissariat sur les langues officielles. La dualité linguistique, l'égalité réelle, n'est-ce pas la caractéristique fondamentale définissant notre province?

Une campagne électorale devrait être une occasion privilégiée pour rehausser le débat public sur des sujets essentiels. Le monde municipal et le monde linguistique sont actuellement en déficit en cette province. Souhaitons que la démocratie sache remédier honorablement à ces deux situations fautives, et qu'ainsi la province puisse atteindre de nouveaux niveaux d'équité et de justice.