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La mobilité étudiante, outil de rayonnement pour l’Acadie


Le partenariat qui existe depuis un peu plus d’un demi-siècle entre la France et la Société nationale de l’Acadie (SNA) a permis de perfectionner la formation de l’élite acadienne des dernières décennies.

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Damien Dauphin
IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien



« « Nous avons besoins d’ambassadeurs au sein de l’Université. Nous encourageons nos étudiantes et étudiants à effectuer des stages à l’étranger », a lancé le recteur de l’Université de Moncton, Denis Prud’homme, au public qui assistait au bar Le Coude à la Journée mondiale des Alumni, mardi 16 mai.

(Une partie du public présent au bar Le Coude, au Centre étudiant de l’Université de Moncton. Crédit : Damien Dauphin)

Le consul général de France, Johan Schitterer, a rappelé que son pays d’envoi était la quatrième destination internationale pour les étudiants étrangers. Le diplomate a déclaré que la France reçoit chaque année des dizaines de milliers d’étudiantes et d’étudiants et commence à organiser un réseau. La mobilité étudiante en France est, dit-il, un facteur de Francophonie important, et ce même lorsque des formations sont offertes en anglais au pays de Molière.

Alumni Small(De g. à d. : Johan Schitterer, Martin Théberge, Katherine Lanteigne, Louise Imbeault, Denis Prud’homme et Mélaine Ricard-Boulieu, attaché culturel français à Moncton. Crédit : Damien Dauphin)

« Un étudiant anglophone qui, par exemple, vient de Singapour pour faire un master en informatique à l’Université de Grenoble – je la cite parce que j’ai un exemple en tête – et passera un ou deux ans en France, voire plus comme c’est souvent le cas, va apprendre à maîtriser notre langue, ne serait-ce que pour acheter sa baguette ou son croissant le matin », justifie le consul général.

Le représentant de la France dans les Provinces atlantiques a soutenu avec raison que le Canada était un pays essentiel pour la Francophonie internationale. Dans le cadre de son mandat, le consulat général de France à Moncton et Halifax se fixe des objectifs au service de la relation entre la France et le Canada atlantique, mais également avec l’Acadie.

« C’est bien évidemment la relation France-Acadie qui importe dans l’organisation de ce réseau France Alumni », a dit M. Schitterer pour conforter son auditoire francophone et acadien.

« Depuis 1970, la bourse France-Acadie est une occasion en or pour la jeunesse acadienne de poursuivre en France une partie de son parcours d’études. Les alumni se sont démarqués au sein de la société civile acadienne, les médias, le monde des affaires et le secteur privé », souligne avec enthousiasme Martin Théberge, président de la SNA.

Illustre exemple de cette collaboration fructueuse entre la France et l’Acadie, la chancelière de l’UdeM, Louise Imbeault, a eu le privilège de faire partie de la première cohorte de ce programme. Cette opportunité résultait directement de la visite des « quatre mousquetaires acadiens » à l’Élysée en 1968. Pourtant, la population étudiante de l’époque, dont Louise Imbeault faisait elle-même partie et qu’elle a qualifiée de « turbulente », voyait leur démarche avec scepticisme, dès lors que ces hommes symbolisaient la génération qui la précédait.

Louise Small(Partie prenante d’une jeunesse alors en ébullition, Louise Imbeault a narré la genèse de son expérience étudiante en France. Crédit : Damien Dauphin)

Pourtant, lorsque les premières bourses ont été annoncées, Mme Imbeault a saisi l’occasion qui se présentait à elle. Elle avait sollicité une bourse en philosophie, mais sa demande n’avait pas été retenue. À la place, Euclide Daigle, l’un des quatre Acadiens de 1968, lui a proposé une bourse en journalisme car Louise avait écrit « journaliste » sur sa fiche de renseignements à la question « profession envisagée ». L’Acadie avait besoin de journalistes.

« Je ne savais même pas que ça existait car, à ce moment-là, au Canada, la profession s’apprenait sur le tas. Il n’y avait pas d’Infocom à l’Université », se souvient-elle.

C’est ainsi qu’elle fut admise à l’École supérieure de journalisme de Lille, où elle s’est retrouvée parmi des élèves triés sur le volet car recrutés par voie de concours. Dans cet environnement élitiste, l’Acadienne qui, par la suite, allait débuter sa carrière au quotidien L’Évangéline n’a pas été intimidée et a rapidement trouvé sa place.

« La France est tout ce que j’avais imaginé, et beaucoup plus. Mes études à l’Université de Moncton m’avaient parfaitement bien préparée à poursuivre mes cours à l’étranger et me donner la confiance qu’il fallait pour que je puisse continuer. »

Jeune trentenaire qui occupe le poste de directrice de l’organisme Bathurst Centre-Ville, Katherine Lanteigne a bénéficié du même programme. Titulaire d’une maîtrise de l’Université de Poitiers en gestion des ressources humaines, elle évoque un « choc culturel inversé » et des rencontres enrichissantes avec des gens qui l’ont marquée.

Katherine Small(Katherine Lanteigne fait partie de cette nouvelle génération de leaders acadiennes et acadiens qui ont bénéficié d’une bourse France-Acadie. Crédit : Damien Dauphin)

« Mon esprit s’est ouvert au contact d’une réalité différente. Je me suis confrontée à une culture incroyable. J’ai rencontré des gens extraordinaires. J’échange encore aujourd’hui avec certains d’entre eux », s’est-elle exclamée.

Le consul général de France a exprimé le souhait que la soirée puisse avoir lieu tous les ans avec davantage d’alumni d’une année sur l’autre. Il a encouragé les personnes participantes à prendre des photos et à les partager sur les réseaux sociaux. Il a également annoncé la prochaine mise en place d’un groupe de réflexion pour préparer la soirée 2024 qui pourrait avoir lieu en Nouvelle-Écosse.

Trois bourses France-Acadie seront octroyées cette année. Les candidatures sont ouvertes depuis le 16 mai et seront acceptées jusqu’au 16 juin.