TV5 change d’ère : une offensive audacieuse pour la francophonie
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À Moncton, les projecteurs s’allument sur une francophonie en pleine redéfinition. Devant un public soigneusement sélectionné, TV5 Québec Canada a dévoilé une transformation majeure de son identité et de sa programmation. Des séries qui font jaser, des formats qui bousculent, des voix qui s’affirment: le diffuseur veut ce que la francophonie a de plus audacieux et amorce un virage qu’il qualifie lui-même d’historique.
Damien Dauphin
Le Moniteur Acadien – IJL
À Moncton, dans le décor feutré de la salle Empress du Théâtre Capitol, TV5 Québec Canada a levé le voile sur une transformation majeure de son identité et de sa programmation. Une annonce stratégique qui marque un tournant pour le diffuseur, bien décidé à affirmer sa place dans un paysage médiatique en pleine mutation.
Le Grand Ménage des Fêtes reviendra en décembre. Sur scène : Geneviève Arseneau, Jérôme Hellio, André Roy, Christian Essiambre, Samuel Chiasson et Luc LeBlanc. (Photo : Damien Dauphin)
«Ce qui nous anime chez TV5, c’est de porter haut les voix francophones», a résumé Geneviève Arseneau, cheffe de contenu, évoquant une volonté de faire entendre «avec force et avec fierté» les réalités des francophones d’ici et d’ailleurs.
Au cœur de cette transformation : une simplification de l’écosystème TV5. Toutes les plateformes seront désormais regroupées sous une identité commune.
UnisTV devient TV5 Unis, tandis que la plateforme numérique prend le nom de TV5+.
Pour le président-directeur général Yann Paquet, ce virage dépasse largement une simple opération cosmétique.
«Ces changements, ce ne sont pas que des noms. On met de l’avant la force du groupe et on offre une proposition claire et cohérente pour tous nos publics», a-t-il insisté.
Cette stratégie vise à renforcer la lisibilité de l’offre, tout en capitalisant sur la notoriété de la marque TV5 dans un univers médiatique de plus en plus fragmenté.
Rassembler les voix, amplifier les accents
Le repositionnement s’accompagne d’une ambition claire : faire de TV5 un carrefour incontournable de la francophonie.
«TV5, c’est l’endroit où se rassemblent toutes ces voix, toutes ces réalités et tous ces accents», a poursuivi Yann Paquet.
La chaîne principale continuera de diffuser des contenus internationaux, tandis que TV5 Unis mettra davantage en valeur les productions canadiennes. La plateforme TV5+, quant à elle, offrira plus de 3000 heures de contenu gratuit, accessibles à l’échelle du pays.
Le diffuseur revendique déjà une portée importante: près de deux millions de téléspectateurs hebdomadaires, dont une proportion significative issue de l’immigration, reflet de la diversité canadienne.
Des séries canadiennes qui attirent l’attention
Ce sont surtout les séries canadiennes qui ont retenu l’attention du public lors de la présentation.
Parmi elles, FEM s’impose comme un succès marquant. Après une première saison remarquée, la série a attiré l’attention de Netflix, qui s’est associé à TV5 pour la production de la saison 2.
«On reçoit énormément de commentaires de gens qui nous disent que la série a ouvert des discussions, dans les familles comme entre amis. FEM parle d’identité, d’acceptation et de liberté d’être soi-même, et ça rejoint beaucoup de gens», souligne Jérôme Hellio, directeur principal des contenus.
Autre nouveauté: M’infiltrer dans ta vie, une série policière qui explore les relations inattendues et les amitiés improbables. Déjà disponible sur TV5+, elle est diffusée à la télévision le mardi à 22h30 et sera présentée sur TV5 Unis dès le 14 avril.
Enfin, Surf Bay Côte Ouest se distingue comme la première série francophone tournée en Colombie-Britannique. Destinée à un public jeune adulte, elle propose un mélange inattendu de surf, de romance et d’éco-terrorisme.
Une vitrine pour la relève francophone et des défis à relever
TV5 continue par ailleurs de miser sur le développement de la relève.
Grâce à son programme Créateurs en série, le diffuseur a contribué à la production de plus de 100 séries et à la formation de plus de 300 créateurs.
Ces contenus circulent aujourd’hui à l’international, notamment grâce aux partenariats avec TV5 Monde.
«C’est un succès remarquable», a souligné Yann Paquet, évoquant également les nombreuses distinctions remportées par ces productions.
Le groupe n’échappe toutefois pas aux réalités du secteur: baisse des revenus, concurrence accrue des plateformes étrangères et enjeux de découvrabilité.
Pour Yann Paquet, ces défis donnent une résonance accrue au rôle de TV5 au sein de l’espace francophone.
«Ça rend notre mission plus pertinente que jamais», a-t-il affirmé.
L’Acadie bien ancrée dans la programmation
La nouvelle programmation accorde également une place importante aux productions acadiennes.
Une émission d’humour sera tournée au Théâtre l’Escaouette à partir du 12 juin. Animée par Mona de Grenoble, elle proposera des duels humoristiques sur un ring de boxe.
«Deux humoristes vont s’affronter, attaque contre attaque, avec des punchs d’humour», explique le producteur André Roy.
Le Grand ménage des fêtes sera aussi de retour pour une septième saison.
Un hommage appuyé a été rendu au documentaire de Julien Cadieux, Amir mon petit prince, qui aborde les défis du handicap et magnifie l’amour inconditionnel d’une mère pour son enfant. Le cinéaste, qui se trouve en France pour promouvoir son film, a fait parvenir une vidéo. Il était représenté par son producteur, René Savoie.
Avec cette refonte, TV5 affirme sa volonté de rassembler et de faire rayonner les voix francophones, ici comme à l’international.
« Vous n’avez pas fini d’entendre parler de nous », a lancé Jérôme Hellio.
Une promesse qui, à en juger par l’ampleur du virage annoncé, semble déjà en marche.
Des contenus qui osent déranger
Au-delà de l’image, c’est la ligne éditoriale qui évolue.
«On veut des contenus moins consensuels, plus frontaux, plus “papier sablé”», a affirmé Jérôme Hellio, directeur principal des contenus.
Le mot d’ordre est clair: provoquer des conversations, prendre des risques, et donner une plus grande liberté aux créateurs.
Le diffuseur cible désormais les 25-44 ans, avec une programmation pensée pour provoquer des conversations et refléter une francophonie contemporaine, audacieuse et plurielle. – DD
Des “antennes” au cœur des régions
Pour Carmen Gibbs, membre du comité de programmation de TV5 Unis, la force du modèle repose sur son ancrage régional.
«On est comme les antennes des régions de la francophonie canadienne, explique-t-elle.
Présente depuis la création d’Unis en 2014, elle souligne l’importance de soutenir les talents locaux et de favoriser leur professionnalisation.
«Je suis membre à titre individuel. J’avance des idées. Ça m’a permis de voir un projet communautaire se développer professionnellement et j’en suis heureuse», dit-elle.
