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10 Juin 2022
Construire des ponts entre les générations
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On pense souvent que le phénomène de l’âgisme ne touche que le troisième ou le quatrième âge. Or, les jeunes peuvent aussi être victimes de ce préjugé. Deux organismes, l’Association francophone des aînés du Nouveau-Brunswick (AFANB) et la Fédération des jeunes francophones du Nouveau-Brunswick (FJFJNB) ont scellé une alliance dans le but de rassembler les générations.
La société a tendance à opposer les jeunes et les vieux, comme s’il s’agissait de deux pôles situés l’un et l’autre aux extrémités de la vie. En vertu de ce cliché, ce n’est qu’entre les deux qu’un individu serait à son meilleur niveau et considéré comme « utile ». Un dicton ancien ne dit-il pas : « Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait » ? L’AFANB et la FJFNB ne sont pas d’accord avec ces poncifs obsolètes. En 2021, les deux groupes ont signé une entente pour collaborer sur des projets communs dans le but de changer les mentalités.
« La plupart du temps, les jeunes et les aînés sont classés dans deux groupes distincts, reconnaît Clémence Langlois, vice-présidente de la FJFNB. Cependant, ils ont beaucoup en commun. Certains points sont évidents et sautent aux yeux, d’autres sont beaucoup plus subtiles. »
Si le phénomène de l’âgisme est un préjugé qui touche les deux groupes, les aînés forment pourtant celui qui en souffre le plus. Les stéréotypes les dépeignent comme des gens en situation de dépendance, qui ne font plus rien et ne contribuent pas à la société. Certains sont infantilisés, et cela renvoie aux jeunes comme dans un effet miroir. Les deux groupes d’âge peuvent se sentir en marge du corps social qui ne les apprécie pas à leur juste valeur.
« C’est comme si on cherchait à prendre notre place dans la société. A bien des reprises, on m’a dit de prendre la mienne. N’attendez pas que quelqu’un vous en donne la permission ! C’est un message que je lance aux aînés et aux jeunes », s’exclame Norma Dubé.
Dans le but d’aller au-delà du protocole d’entente et approfondir la relation entre la FJFNB et l’AFANB, elle suggère que chaque conseil d’administration invite un représentant de l’autre à siéger en son sein. Ce serait une bonne manière de promouvoir les sujets sociétaux qui importent aux deux organismes. Cette idée fut bien accueillie lors d’un forum intergénérationnel organisé virtuellement mercredi 1er juin à travers la province.
Tout commence en famille
A cet égard, il y fut signalé que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) avait identifié les activités intergénérationnelles comme le meilleur moyen de lutter contre l’âgisme. L’interaction entre les générations permet de contrer les idées préconçues que chacune se fait de l’autre. Et cela fonctionne ! La réciprocité des échanges est fructueuse pour tout le monde.
« A chaque fois que j’ai vu des jeunes aller dans les foyers de soins, ils en revenaient toujours contents des choses qu’ils y avaient apprises, mentionne Paul Demers. Les personnes âgées peuvent apporter beaucoup aux jeunes, et les jeunes peuvent amener beaucoup aux personnes âgées. »
Les activités intergénérationnelles et la transmission du savoir commencent dans la cellule familiale. De nos jours, les familles sont souvent éclatées. Qu’à cela ne tienne, la technologie moderne permet d’abolir les contraintes spatio-temporelles. Directeur général de l’AFANB, Jules Chiasson s’entretient avec son petit-fils âgé de six ans à travers des appels vidéo.
« Les enfants connaissent déjà toutes les nouvelles technologies et savent comment s’en servir, s’émerveille-t-il. Tôt le samedi matin, il va chercher le téléphone de sa mère et m’appelle par Face Time. Il me dit : Pépère, es-tu réveillé ? Qu’est-ce que tu fais ? »

(Jean-Loup Guérin et Stella Boudreau, de Shediac, ont joué un rôle-clé dans le documentaire réalisé par Jeanne Brideau. Crédit : Damien Dauphin)
Stella Boudreau et son époux Jean-Loup Guérin se servent du même vecteur avec leurs petits-enfants de 14 et 9 ans qui habitent au loin. Eux aussi ont établi leur petite routine familiale. Celle-ci a une portée éducative.
« Nos petits-enfants sont anglophones, dit Stella. Je leur ai acheté les Fables de la Fontaine. Tous les jeudis soir, nous en lisons une et en discutons. Cela leur permet d’apprendre le français et ils aiment beaucoup ça. »
Un court-métrage pour balayer les idées reçues
Le dictionnaire Larousse définit l’âgisme comme une attitude de discrimination ou de ségrégation à l’encontre des personnes âgées. C’est dans la cinquantaine que Jeanne Brideau, aujourd’hui retraitée active, a pris conscience du phénomène, lorsqu’elle accompagnait sa mère dans les dernières années de sa vie. Placée dans un foyer, l’octogénaire y était très bien traitée mais, à la grande surprise de sa fille, on l’y appelait « la petite cocotte. »

(Jeunes et vieux se rencontrent dans un petit film conçu pour renverser les clichés entre les générations. Crédit : Gracieuseté)
« Quand j’accompagnais ma mère chez le médecin, elle passait au deuxième rang. C’est à moi qu’il parlait, comme si elle n’était pas là. Il ne la regardait même pas. C’est cela qui m’a blessée le plus », a-t-elle raconté.
Auteur du court-métrage « Un dimanche à 105 ans » primé au FICFA 2007, l’artiste multidisciplinaire Daniel Léger lui a servi de mentor pour réaliser un petit film de 5 minutes intitulé « Pleins feux sur l’âgisme ». Le temps d’un après-midi, celui-ci fut tourné au Centres des arts et de la culture de Dieppe en juin 2021.

(Les enfants qui ont participé au film. Crédit : Gracieuseté)
« J’ai conçu ce film de telle sorte que ce soit une ressource pédagogique, dit Mme Brideau. On peut la présenter aux élèves de la 7e ou de la 8e année, à des collégiens ou à des jeunes qui s’intéressent à la gérontologie. »
Le film peut être visionné sur la chaîne YouTube de la Société culturelle Kent-Sud
Damien Dauphin
IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien
