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19 Mars 2025
Tarifs douaniers et achat local au menu du déjeuner du 2e mardi
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Dans le contexte de la guerre commerciale déclenchée par le président des États-Unis, Donald Trump, le comité des déjeuners du 2e mardi a organisé une conférence sur l’impact des tarifs douaniers. Le directeur général de la Coop IGA de Dieppe, Denis Rioux, a donné les explications à un public d’une cinquantaine de personnes.
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Damien Dauphin
IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien
À quelque chose malheur est bon. Denis Rioux est de ceux qui préfèrent contempler le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide. Depuis environ six semaines, les menaces américaines sur l’économie canadienne renforcent la fibre patriotique de la population.
«Dans les deux dernières fins de semaines, on a souscrit 84 nouveaux membres. Je n’ai jamais vu ça. Notre ‘membership’ augmente depuis un mois à une vitesse qu’on n’avait jamais vue auparavant, et pour ça, je remercie Donald!», a-t-il lancé d’entrée de jeu.
Les politiques économiques du locataire de la Maison Blanche se feront ressentir dans les magasins au Canada, mais il s’écoulera quelques mois avant que les consommateurs n’en prennent conscience.

La Coop IGA de Dieppe a commencé à identifier les produits locaux avec des cœurs bleus. (Photo : Damien Dauphin)
En effet, avant que les produits n’arrivent sur les tablettes, il y a à peu près huit transactions qui sont effectuées en amont. Entre le producteur et le client qui, au bout de la chaîne, achète le produit, il y a un premier acheteur, un ou plusieurs chaînes de transformation, un autre acheteur qui revend à une compagnie comme Sobeys (qui possède IGA), les entrepôts, le transport et enfin le magasin d’alimentation.
«Il faut être réaliste et ne pas faire l’autruche, dit le directeur de la Coop. Il y aura un impact.»

Denis Rioux, directeur général de la Coop IGA de Dieppe, Paul LeBreton, nouveau président du comité des déjeuners du 2e mardi, et Jacques Allard. (Photo : Damien Dauphin)
Dans le cadre de la réplique canadienne aux tarifs américains, la facture sera inévitablement refilée à la clientèle. Un produit canadien exporté aux États-Unis subit un tarif de 25 %. S'il revient au Canada après transformation, il est à nouveau taxé à 25 %. Au final, ce sont les consommateurs qui en paient le prix.
«Aujourd’hui on ne le voit pas mais d’ici trois ou quatre mois, si les choses ne s’améliorent pas, on va commencer à le ressentir sérieusement», avertit Denis Rioux.
Les effets pervers du boycottage
En outre, les magasins ont conclu avec des compagnies américaines des ententes qui ne peuvent être brisées. Les prix sont négociés, et les circulaires sont préparées quatre à six semaines à l’avance.
Si Denis Rioux se félicite de l’élan patriotique que suscitent les tensions commerciales, il met toutefois en garde contre les excès éventuels des mesures de rétorsion. À cet égard, à titre personnel, il se déclare opposé au boycottage des enseignes américaines et en explique les raisons.
«Peu importe les décisions que les consommateurs vont prendre, il y a un employé quelque part qui va peut-être perdre son gagne-pain. On peut boycotter des chaînes comme Starbucks ou McDonald, mais elles emploient nos jeunes qui ont besoin de 500 piasses pour payer leurs études», alerte-t-il.
Plutôt que de risquer un effet pervers qui reviendrait comme un boomerang, il avance que les consommateurs peuvent surtout faire une différence en n’achetant pas de produits américains.
Les produits locaux identifiés par des cœurs
Or, nos voisins américains ont senti le danger et commencé à changer l’identification de leurs produits. Depuis quelques semaines, la marque Driscoll’s commence à les afficher en provenance du Pérou ou du Mexique. Même du Canada. «Eux aussi réalisent que s’ils veulent vendre leurs fraises, il faut qu’ils marquent autre chose que produit des États-Unis», observe M. Rioux.
Tous les consommateurs en auront fait l’observation: il n’est pas facile pour une enseigne d’épicerie de se débarrasser complètement des produits américains. M. Rioux fait observer qu’il est aussi difficile d’identifier la provenance quand l’étiquette indique «préparé par». Cette mention ne garantit pas que le produit est canadien.
Depuis un mois, pour éclairer ses clients, la Coop IGA installent graduellement des étiquettes avec un cœur et le drapeau du Canada. Le Moniteur acadien l’a constaté samedi dernier en y faisant des emplettes.
Lucienne LeBlanc, une cliente fidèle de la Coop IGA, se réjouit de cette initiative : «J’essaie toujours d’acheter local, mais ce n’est pas toujours évident de repérer les vrais produits d’ici. Avec ces étiquettes, c’est beaucoup plus simple! En plus, ça me donne l’impression d’encourager directement nos producteurs.»
Un avis que partage avec enthousiasme Raymond Cormier, un habitué du magasin. «C’est une excellente idée! On parle souvent de soutenir l’économie locale, mais encore faut-il savoir quels produits sont vraiment d’ici. Maintenant, avec ce cœur bleu, je peux choisir en toute confiance et encourager les entreprises de chez nous.»
Bientôt une cure de jouvence pour le magasin
IGA et Sobeys cherchent à diversifier leurs sources d’approvisionnement. «Chaque jour, des gens demandent d’où viennent les aliments. Le logo canadien ne veut pas dire qu’il n’y a pas de composants américains. Pour amoindrir, on se tourne vers d’autres pays», déclare M. Rioux.
Néanmoins, le Canada sait traverser des crises et s’en relever. Le conférencier a rappelé au public qu’il y a cinq ans, tous les magasins commençaient à fermer pour cause de confinement face à la pandémie de Covid-19. Le Canada a alors réalisé qu’il était très dépendant de ce qui se faisait ailleurs qu’au pays. Aujourd’hui, il est beaucoup plus indépendant.
«Vous avez le choix d’acheter des produits du Nouveau-Brunswick, du Québec ou d’ailleurs au Canada. Ça va faire plus mal aux Américains que des contre-tarifs», avance M. Rioux.
Il rappelle que la coopérative est locale et qu’elle appartient à ses membres. De plus, tous les profits sont réinvestis dans la communauté. Denis Rioux en souligne l’impact et incite les clients qui ne sont pas encore membres à adhérer à la Coop. Dans les prochaines semaines, le magasin de Dieppe va commencer à se refaire une beauté. Les travaux devraient durer six mois et coûter environ 14 millions $.
«Vous allez avoir la plus belle épicerie au Nouveau-Brunswick au niveau de l’aménagement, de la décoration, du look et des services qu’on va offrir», a-t-il conclu.
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Damien Dauphin
IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien
À quelque chose malheur est bon. Denis Rioux est de ceux qui préfèrent contempler le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide. Depuis environ six semaines, les menaces américaines sur l’économie canadienne renforcent la fibre patriotique de la population.
«Dans les deux dernières fins de semaines, on a souscrit 84 nouveaux membres. Je n’ai jamais vu ça. Notre ‘membership’ augmente depuis un mois à une vitesse qu’on n’avait jamais vue auparavant, et pour ça, je remercie Donald!», a-t-il lancé d’entrée de jeu.
Les politiques économiques du locataire de la Maison Blanche se feront ressentir dans les magasins au Canada, mais il s’écoulera quelques mois avant que les consommateurs n’en prennent conscience.

La Coop IGA de Dieppe a commencé à identifier les produits locaux avec des cœurs bleus. (Photo : Damien Dauphin)
En effet, avant que les produits n’arrivent sur les tablettes, il y a à peu près huit transactions qui sont effectuées en amont. Entre le producteur et le client qui, au bout de la chaîne, achète le produit, il y a un premier acheteur, un ou plusieurs chaînes de transformation, un autre acheteur qui revend à une compagnie comme Sobeys (qui possède IGA), les entrepôts, le transport et enfin le magasin d’alimentation.
«Il faut être réaliste et ne pas faire l’autruche, dit le directeur de la Coop. Il y aura un impact.»

Denis Rioux, directeur général de la Coop IGA de Dieppe, Paul LeBreton, nouveau président du comité des déjeuners du 2e mardi, et Jacques Allard. (Photo : Damien Dauphin)
Dans le cadre de la réplique canadienne aux tarifs américains, la facture sera inévitablement refilée à la clientèle. Un produit canadien exporté aux États-Unis subit un tarif de 25 %. S'il revient au Canada après transformation, il est à nouveau taxé à 25 %. Au final, ce sont les consommateurs qui en paient le prix.
«Aujourd’hui on ne le voit pas mais d’ici trois ou quatre mois, si les choses ne s’améliorent pas, on va commencer à le ressentir sérieusement», avertit Denis Rioux.
Les effets pervers du boycottage
En outre, les magasins ont conclu avec des compagnies américaines des ententes qui ne peuvent être brisées. Les prix sont négociés, et les circulaires sont préparées quatre à six semaines à l’avance.
Si Denis Rioux se félicite de l’élan patriotique que suscitent les tensions commerciales, il met toutefois en garde contre les excès éventuels des mesures de rétorsion. À cet égard, à titre personnel, il se déclare opposé au boycottage des enseignes américaines et en explique les raisons.
«Peu importe les décisions que les consommateurs vont prendre, il y a un employé quelque part qui va peut-être perdre son gagne-pain. On peut boycotter des chaînes comme Starbucks ou McDonald, mais elles emploient nos jeunes qui ont besoin de 500 piasses pour payer leurs études», alerte-t-il.
Plutôt que de risquer un effet pervers qui reviendrait comme un boomerang, il avance que les consommateurs peuvent surtout faire une différence en n’achetant pas de produits américains.
Les produits locaux identifiés par des cœurs
Or, nos voisins américains ont senti le danger et commencé à changer l’identification de leurs produits. Depuis quelques semaines, la marque Driscoll’s commence à les afficher en provenance du Pérou ou du Mexique. Même du Canada. «Eux aussi réalisent que s’ils veulent vendre leurs fraises, il faut qu’ils marquent autre chose que produit des États-Unis», observe M. Rioux.
Tous les consommateurs en auront fait l’observation: il n’est pas facile pour une enseigne d’épicerie de se débarrasser complètement des produits américains. M. Rioux fait observer qu’il est aussi difficile d’identifier la provenance quand l’étiquette indique «préparé par». Cette mention ne garantit pas que le produit est canadien.
Depuis un mois, pour éclairer ses clients, la Coop IGA installent graduellement des étiquettes avec un cœur et le drapeau du Canada. Le Moniteur acadien l’a constaté samedi dernier en y faisant des emplettes.
Lucienne LeBlanc, une cliente fidèle de la Coop IGA, se réjouit de cette initiative : «J’essaie toujours d’acheter local, mais ce n’est pas toujours évident de repérer les vrais produits d’ici. Avec ces étiquettes, c’est beaucoup plus simple! En plus, ça me donne l’impression d’encourager directement nos producteurs.»
Un avis que partage avec enthousiasme Raymond Cormier, un habitué du magasin. «C’est une excellente idée! On parle souvent de soutenir l’économie locale, mais encore faut-il savoir quels produits sont vraiment d’ici. Maintenant, avec ce cœur bleu, je peux choisir en toute confiance et encourager les entreprises de chez nous.»
Bientôt une cure de jouvence pour le magasin
IGA et Sobeys cherchent à diversifier leurs sources d’approvisionnement. «Chaque jour, des gens demandent d’où viennent les aliments. Le logo canadien ne veut pas dire qu’il n’y a pas de composants américains. Pour amoindrir, on se tourne vers d’autres pays», déclare M. Rioux.
Néanmoins, le Canada sait traverser des crises et s’en relever. Le conférencier a rappelé au public qu’il y a cinq ans, tous les magasins commençaient à fermer pour cause de confinement face à la pandémie de Covid-19. Le Canada a alors réalisé qu’il était très dépendant de ce qui se faisait ailleurs qu’au pays. Aujourd’hui, il est beaucoup plus indépendant.
«Vous avez le choix d’acheter des produits du Nouveau-Brunswick, du Québec ou d’ailleurs au Canada. Ça va faire plus mal aux Américains que des contre-tarifs», avance M. Rioux.
Il rappelle que la coopérative est locale et qu’elle appartient à ses membres. De plus, tous les profits sont réinvestis dans la communauté. Denis Rioux en souligne l’impact et incite les clients qui ne sont pas encore membres à adhérer à la Coop. Dans les prochaines semaines, le magasin de Dieppe va commencer à se refaire une beauté. Les travaux devraient durer six mois et coûter environ 14 millions $.
«Vous allez avoir la plus belle épicerie au Nouveau-Brunswick au niveau de l’aménagement, de la décoration, du look et des services qu’on va offrir», a-t-il conclu.
