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4 Décembre 2024
Cinq candidats pour changer la gouvernance locale à Beausoleil
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Deux forums citoyens ont été organisés la semaine dernière à Beausoleil. Ils avaient pour but de présenter à la population les candidats au poste de maire. À Cocagne, la première réunion a donné lieu à quelques éclats de voix. Le lendemain, à Grande-Digue, c’est dans une ambiance plus sereine que les candidats ont présenté leur vision.
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Damien Dauphin
IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien
Les deux réunions avaient exactement le même format. Cinq questions étaient posées aux candidats : les quatre premières en français, et la dernière en anglais. La proportion reflète à peu près la diversité linguistique sur le territoire de Beausoleil.
Cependant, deux des cinq candidats à la succession de Jean Hébert ne sont pas francophones. Il s’agit de Lenny O’Brien et de Pamela Court. Cette dernière a créé un incident en contestant le choix des organisateurs de l’événement, tous citoyens francophones, de ne pas offrir la traduction simultanée.
Le Moniteur acadien n’a pas assisté à cette présentation, au cours de laquelle selon nos confrères de l’Acadie Nouvelle Mme Court aurait attaqué les francophones en disant que «personne n’aime les Français (sic) en ce moment». Elle a toutefois répondu courtoisement et en anglais aux questions écrites que nous lui avons posées en français. Nous avons traduit ses réponses.
Jeudi, à Grande-Digue, nous avons constaté que l’atmosphère était beaucoup plus calme et détendue que la veille, même si l’organisation était similaire. Chaque candidat disposait de 90 secondes pour répondre à chaque question. Les candidats n’ont pas débattu entre eux, ni avec le public. Les personnes présentes pouvaient s’entretenir en privé avec les candidats à l’issue de la présentation.
Les candidats ont été invités par le modérateur à se présenter, à énoncer les principaux éléments de leur programme, à exposer leur vision sur la mise en œuvre du plan stratégique, et à indiquer leurs projets pour la promotion et la préservation de la culture. Formulée en anglais, la dernière question leur demandait pourquoi il faudrait que les électeurs les choisissent.
Ces questions rejoignent celles que nous leur avons posées par écrit une semaine avant l’événement.
Ancienne conseillère générale de la Ville de Dieppe, Jody Dallaire a mis en avant son passé d’élue municipale. Elle veut être une mairesse rassembleuse qui impliquera les citoyens. Ses priorités sont la démocratie, les services publics et le développement durable.
Roméo Bourque veut lui aussi unifier le conseil et y amener un esprit d’équipe. Il veut aussi «guérir la communauté» en réglant la situation découlant du congédiement de Danny Desroches à titre de chef des pompiers.
Lenny O’Brien dit qu’il veut améliorer la communication avec la population. «J’ai parlé à des gens ici qui ne savent même pas qu’ils font partie d’une nouvelle municipalité et d’une nouvelle structure de gouvernance», a-t-il révélé, deux ans après l’élection qui fit suite à la réforme des gouvernements locaux.
Pamela Court veut prendre des décisions qui incluent toute la population. «Les décisions doivent être bénéfiques pour tout le monde et non pour quelques privilégiés.»
André Thériault a dit qu’il sera le maire qui écoutera sa communauté et fera en sorte que cette dernière soit bien informée à chaque étape. Selon ses propres termes, ses priorités sont celles des citoyens qu’il a rencontrés.
«Durant cette campagne j'ai demandé au gens quelles étaient leurs inquiétudes, leurs peurs et surtout leurs espoirs pour notre communauté. Ce sont leurs réponses qui m'ont informé et guidé vers un plan de match qui, je l’espère, nous permettra finalement d'avancer.»
S’il est élu, il compte mettre à profit les cinq premières semaines de son mandat pour réviser les «dossiers sensibles» qui ont provoqué l’élection partielle, et de présenter au public une version transparente du budget. Les cinq premiers mois seraient consacrés à la révision et à l’ajustement du plan stratégique, à l’élaboration duquel trop peu de citoyens ont pris part.
L’épineuse question de la langue
Bien que la controverse linguistique n’ait pas été abordée au cours du forum, elle était présente dans tous les esprits. Nous avons donc demandé aux candidats quelle était leur opinion sur l’arrêté municipal qui a secoué Beausoleil l’été dernier et dont la controverse a retenti jusque dans la Péninsule acadienne.
L’anglophone Pamela Court estime que les politiques linguistiques «datent de l’âge des ténèbres». Elle se fait le chantre de la Tour de Babel et propose une vision que le cadre légal ne prévoit pas. «Pourquoi une langue serait-elle plus importante qu'une autre ? Un propriétaire devrait pouvoir choisir de faire de sa publicité en français, en anglais, en mikmaw, en chinois, en japonais, en italien, en allemand, en espagnol, en philippin, etc.»
Bien qu’il soutienne l’intention que sous-tend l’arrêté, Roméo Bourque voudrait le modifier pour apaiser les tensions. «Il faut absolument faire la promotion de la langue française et en tout temps respecter l'opinion des commerçants/commerçantes. Je proposerai un changement à l'arrêté en ajoutant une clause de grand-père similaire à celui de Memramcook qui a causé peu d'ennuis avec les commerçants et leur communauté.»
Dans sa réponse rédigée en français, Lenny O’Brien a dénoncé «une grave erreur qui a créé une colère et une division inutiles. Cela, combiné à la décision d’imposer une politique de langue française aux pompiers volontaires, a provoqué leur démission massive.»
Cependant, il n’a pas indiqué s’il comptait modifier l’arrêté. Il s’est contenté de rappeler la législation, tant fédérale que provinciale (qui prévoit qu’un tel arrêté puisse être pris), mais croit qu’une «politique de la peur» suggère que l’on veut retirer des droits aux francophones. «En tant qu’Acadiens, nous ne vivons plus dans les années 1700. Nous ne sommes plus des victimes», écrit-il.
Jody Dallaire pense que le paysage linguistique de Beausoleil devrait refléter la réalité des gens qui y vivent (environ 75% de francophones). Elle siégeait au conseil municipal de Dieppe lorsqu’y fut adoptée la règlementation sur l’affichage commercial. Elle rappelle que le processus y a été entamé après des années de mesures volontaires qui n’apportaient pas les résultats souhaités, et qu’il était encadré par le travail du comité consultatif sur la Francophonie.
«Parce que la communauté n’a pas été impliquée dans le processus à Beausoleil, ça créé du mécontentement et des divisions. Je pense que nous devrions prendre du recul afin de faire un processus d’engagement encadré avec les résidents et les entreprises», soutient-elle.
Quant à André Thériault, lui-même propriétaire du Homestead Country Store de Grande-Digue, il s’estime «probablement un peu biaisé sur le sujet». Il considère toutefois que la controverse est une «tempête dans un verre d’eau». Ce sont ses clients qui lui ont appris qu’en vertu de l’arrêté, il devrait mettre son entreprise en conformité pour afficher le français.
«Nous pouvons avoir des standards mais c'est contre-productif de pénaliser des commerçants pour une enseigne qui, dans certains cas, est en place depuis des dizaines d'années», estime le candidat originaire du Madawaska mais qui réside dans la communauté depuis 21 ans.
La personne élue pourra-t-elle faire taire les divisions à Beausoleil? Qui succédera à Jean Hébert? Nombreux à s’être déplacés pour assister aux deux rencontres, ce sont les citoyens qui en décideront lundi prochain.
