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26 Novembre 2024
LE DISCOURS DU TRÔNE ACCUEILLI AVEC ESPOIR ET CIRCONSPECTION AU SUD-EST
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Un discours bilingue à saveur féministe, dans lequel le français fut réellement l’égal de l’anglais. Un discours qui a reconnu diverses contributions dans de multiples domaines à travers le Nouveau-Brunswick, et qui a honoré la mémoire des disparus de l’année. À l’ouest, il y a vraiment quelque chose de nouveau et cela se ressent jusqu’au sud-est.
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Damien Dauphin
IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien
La solennité que représente l’ouverture de la session parlementaire n’exclut pas les réjouissances. Un vent nouveau et porteur d’espoir souffle sur Fredericton et vient caresser les côtes de notre littoral.
C’est avec un charmant accent «royal» que l’honorable Brenda Murphy, dont la nomination avait été très critiquée il y a cinq ans en raison de son unilinguisme, a parfaitement restitué un discours réellement bilingue. La lieutenante-gouverneure s’était engagée à prendre des cours de français et elle a tenu sa promesse. Alors que son mandat va bientôt s’achever, Mme Murphy s’est acquittée de sa fonction protocolaire avec brio et dignité.
Il serait fastidieux et trop long d’énumérer chaque point abordé dans le discours du trône qui, pour l’essentiel, reprend les mesures annoncées par le Parti libéral dans sa plateforme électorale. Attardons-nous plutôt sur quelques-unes des réactions positives qu’il a suscitées, certaines étant exprimées avec un petit bémol.
Des progrès pour les femmes
Sur le plan social, la Coalition pour l’équité salariale se réjouit que le gouvernement s’engage à étendre l’équité salariale au secteur privé et à celui des soins. Le Nouveau-Brunswick compte puiser son inspiration dans les modèles québécois et ontarien.
«En réitérant d'emblée sa promesse électorale dès le début de son mandat, le gouvernement témoigne non seulement de l'importance qu'il accorde à cet enjeu, mais aussi de l'urgence d’agir pour le développement économique du Nouveau-Brunswick», a déclaré Raphaëlle Valay-Nadeau, présidente de la Coalition.
La Coalition salue également les engagements à investir dans les salaires du personnel de deux secteurs d’emplois à prédominance féminine : le secteur des soins et les services de garde à la petite enfance. Le gouvernement prévoit également d'assurer un financement de base durable pour les maisons de transition, ce dont se félicité Mme Valay-Nadeau qui salue un «tournant historique pour le Nouveau-Brunswick» et se dit prête à collaborer avec Fredericton pour atteindre les objectifs définis.
Développement économique
Prompte à réagir au discours, la Chambre de commerce Cap-Acadie (CCCAcadie) a noté avec intérêt l’accent mis sur le développement économique qui est son cheval de bataille. Elle croit que les orientations de la majorité parlementaire témoignent de sa volonté de relever les défis pressants auxquels les citoyens et les entreprises font face.
Le président de la CCCAcadie, Anthony Azard, applaudit les initiatives annoncées pour répondre à la pénurie de main-d’œuvre en particulier dans les secteurs prioritaires sous tension. La simplification du processus de reconnaissance des compétences acquises à l’étranger par des immigrants qualifiés comble les attentes de la communauté d’affaires.
«Toutes les initiatives proposées renforcent les bases d’une économie compétitive et durable, tout en offrant aux entreprises locales les outils nécessaires pour prospérer», indique M. Azard dans un communiqué publié quelques heures après le discours du trône.
Langues officielles
De grandes espérances sont également ressenties du côté de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB). L’organisme de représentation du peuple acadien dans la province a pris note de l’établissement d’un comité permanent sur les langues officielles et la nomination d’un sous-ministre responsable du Secrétariat aux langues officielles. Ces mesures répondent aux recommandations du rapport publié en 2021 par la juge Yvette Finn et John McLaughlin, mais que le gouvernement précédent ne sembler guère enclin à réaliser.
«Ces engagements démontrent une ouverture importante envers la protection de nos droits linguistiques. Nous avons hâte de voir les résultats concrets qui amélioreront le quotidien de notre communauté», a fait savoir la présidente de la SANB, Nicole Arseneau-Sluyter, qui ajoute que son organisme sera vigilant en ce qui a trait à la mise en œuvre de ces promesses.
Fondé il y a deux ans dans la région, le Cercle acadien de la langue française abonde dans le même sens et félicite le gouvernement. Cependant, il relève que le discours du trône ne prévoit aucune mesure forte pour améliorer le rayonnement de la langue française ni contrer l’assimilation des communautés francophones en milieu minoritaire.
La SANB et le Cercle acadien restent vigilants
«Le Cercle acadien de la langue française rappelle la grande importance d’augmenter le seuil de 20 à 30% pour le déclenchement des obligations linguistiques (bilinguisme) des municipalités; (…) d’assurer l’affichage commercial et public prédominant en français dans les régions où les Acadiens sont majoritaires, d’augmenter les cibles pour l’immigration francophone, et finalement de garantir le droit explicite pour les fonctionnaires francophones de travailler dans leur langue», a-t-il écrit en substance sur son réseau social.
L’absence de réflexion sur l’immigration francophone déçoit et inquiète aussi la SANB. L’organisme rappelle que d’après la presse canadienne, le Canada perd 35% de ses immigrants francophones. «Face aux inquiétudes croissantes générées par les annonces du gouvernement fédéral, la SANB espérait des engagements clairs et concrets de la part du gouvernement provincial», tempère Mme Arseneau-Sluyter.
«Le mot ‘français’ n’a été mentionné qu’une seule fois dans le discours, relève-t-elle. Nous devons continuer à nous battre pour faire valoir notre présence et nos droits ici, au Nouveau-Brunswick», conclut-elle.
Sur une note personnelle, Le Moniteur Acadien se réjouit que son collaborateur Olivier Hussein, l’un des dix champions de la francophonie canadienne cette année, ait été nommément cité et reconnu dans le discours du trône.
