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4 Mai 2022
Le rêve acadien d’une famille franco-tchèque
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Originaires de France et de République tchèque, Malik Boudechicha et Lucie Kucerova ont longtemps vécu à Paris. Désireux d’offrir à leurs filles une meilleure qualité de vie, ils ont quitté la Ville-Lumière pour immigrer au Nouveau-Brunswick. Après un véritable parcours du combattant, ils ont enfin obtenu le statut de résidents permanents.
Voir la lumière au bout du tunnel après trois années de galère, c’est comme savourer le retour des beaux jours lorsque prend fin un hiver trop long. Le soleil brille un peu plus fort, et sa chaleur n’en est que plus douce.
Lorsque Malik Boudechicha fut recruté par un entrepreneur de la région pour travailler dans un restaurant à Moncton, son parcours d’immigrant s’ouvrait pourtant sous les meilleurs auspices. Dans un premier temps, c’est seul qu’il a posé les pieds sur le sol acadien en décembre 2018, sa famille restant en banlieue parisienne et ne devant le rejoindre qu’en septembre 2019.
Très vite, il s’est aperçu que, à l’instar de beaucoup d’autres immigrants, on lui avait vendu du rêve. Au quotidien, la réalité était bien différente de ce à quoi il s’attendait. Néanmoins, il n’était pas question pour lui de revenir en arrière et d’abandonner son objectif. Il s’est accroché. Il avait un permis de travail, et la résidence permanente devait couronner ses efforts. C’est alors que la pandémie est arrivée, entravant le processus dans lequel la famille était engagée.
« En mars 2020, le restaurant a dû fermer ses portes en raison des mesures sanitaires. Hélas, ce que l’on espérait n’être que temporaire était définitif. Il n’a jamais rouvert. Je n’avais plus d’emploi, et mon permis de travail ne pouvait être renouvelé », confie Malik.
Très sociable, la famille s’est fait rapidement des amis. Pendant plus d’un an, avec leurs trois filles, ils furent hébergés à titre gracieux par des résidents de Dieppe. Bricoleurs et habiles de leurs mains, ils ont réalisé des travaux d’embellissement dans les maisons où ils ont séjourné.
« Ça nous faisait plaisir de dédommager nos amis et de les remercier de leur gentillesse en améliorant, avec leur accord, leur propriété. Et puis ça nous occupait pendant la pandémie. Nous avons complètement refait un deck, et transformé un gazebo », déclare fièrement Lucie.
Deux années durant, ils ont dû vivre sur leurs économies et voir ainsi une partie de leur patrimoine fondre comme neige au soleil. Entre-temps, un consultant en immigration tentait de faire avancer leur dossier auprès des instances compétentes. N’ayant pas droit à l’assurance-maladie, ils ont aussi connu la crainte qu’un accident ou un problème de santé n’apporte un stress supplémentaire à leurs finances.
Ils ont entrevu la première lueur d’espoir au début de cette année lorsque, par hasard, ils ont rencontré une journaliste de Radio-Canada Acadie en faisant leur épicerie. Celle-ci voulait les interroger sur un tout autre sujet, mais Lucie a saisi l’occasion de lui parler de leur situation éprouvante. Leur histoire fut médiatisée.
« Le bureau de circonscription de Ginette Petitpas Taylor nous a aidé, cela a fait avancer les choses. Nous avons reçu la résidence permanente le 10 mars, veille de l’anniversaire de Malik, raconte Lucie. Ce fut un beau cadeau ! »
Depuis l’obtention de leur résidence permanente, le couple a été recruté par le District scolaire francophone sud. Malik a suivi une formation pour devenir chauffeur d’autobus, et Lucie vient tout juste de passer avec succès un entretien d’embauche en vue de devenir assistante en éducation pour les enfants à besoins spéciaux.
Cependant, les difficultés ne sont pas complètement dissipées, car ils n’ont pas encore reçu leurs numéros d’assurance sociale (NAS). En l’absence de ce document, Malik ne peut être rémunéré, même s’il a déjà commencé à effectuer ses rotations.
« Le DSFS a poussé auprès du ministère pour que je puisse commencer à travailler avant d’avoir le NAS, comme ça je peux accumuler des jours pour être titularisé le plus rapidement possible », précise-t-il.
Après le temps des épreuves, la famille Boudechicha respire et entrevoit enfin l’avenir avec confiance. Bilingues en français et en tchèque, leurs filles apprennent l’anglais et seront bientôt trilingues. Sophie (15 ans), Verunka (13 ans) et Anna (5 ans) étudient respectivement à Mathieu-Martin, Carrefour de l’Acadie et Sainte-Thérèse.

(Lucie et Malik entourés de leurs filles, Verunka, Anna et Sophie)
« Nos filles sont heureuses, et ça n’a pas de prix. En retour, j’ai envie de donner de mon temps à la communauté qui nous a généreusement accueillis. Mon cœur respire bleu-blanc-rouge avec l’étoile de l’Acadie au firmament », conclut Malik.
Damien Dauphin
IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien
