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22 Octobre 2024
SUSAN HOLT DEVIENDRA LA PREMIÈRE FEMME À DIRIGER LE GOUVERNEMENT PROVINCIAL
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Ce n’est pas le tsunami que l’équipe emmenée par Frank McKenna a fait déferler en 1987, mais avec 31 élus, l’équipe Holt a balayé le Nouveau-Brunswick, en particulier dans les centres urbains. Susan Holt entre dans l’histoire en devenant la première femme à occuper le poste de première ministre.
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Damien Dauphin
IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien
Les derniers sondages publiés avant le scrutin prédisaient une victoire libérale avec une majorité de 27 ou 28 sièges. Force est de constater qu’ils avaient légèrement sous-estimé le mécontentement à l’endroit du premier ministre sortant. Battu dans son fief de Quispamsis, Blaine Higgs essuie une double défaite, à la fois collective et personnelle.
«C’est une défaite humiliante et un rejet de la population du Nouveau-Brunswick, selon le politologue Roger Ouellette. Les francophones rejetaient Blaine Higgs et ses politiques de droite depuis 2018. Il revenait à la majorité anglophone du sud de la province de trancher et elle l’a fait ce soir au profit de Susan Holt.»
«C’est également une victoire historique pour les femmes, a ajouté son confrère Gabriel Arsenault. Elles sont 17 députées, il n’y en a jamais eu autant d’élues à l’Assemblée législative.»
Tandis que Blaine Higgs s’apprête à sortir par la petite porte, Susan Holt va faire son entrée par la grande, celle qui lui permettra d’inscrire son nom dans les livres d’histoire. Pour la première fois en 240 ans d’existence, la province sera dirigée par une femme.
Aldéa Landry, qui avait ouvert la voie en 1987 en devenant vice-première ministre, n’a pu contenir son émotion devant les caméras de nos confrères de Radio-Canada.
«C’est tellement extraordinaire. C’est une victoire pour les femmes. Pour moi, c’est aussi une victoire pour la justice, pour l’égalité et pour l’esprit d’équipe. Susan sera une première ministre à l’écoute des gens. Elle va inspirer confiance et décentraliser tout ce qui se passe à Fredericton. Elle apporte un vent d’espoir et je suis tellement fière d’elle.»
Les Verts progressent mais perdent un député
Dans Tantramar, Megan Mitton (Parti vert) fait 8 points de mieux que ce que laissaient entrevoir les sondages et consolide son assise avec 48,86% des suffrages. À cette exception près et à celle des circonscriptions majoritairement anglophones de Riverview, Albert-Riverview et Arcadia-Butternut Valley-Maple Hills, l’ensemble de la région se colore de rouge.
Le Parti vert n’a pas réalisé, en termes de sièges, la percée qu’il espérait. Il perd même Kent-Nord où Kevin Arseneau, en dépit de sa popularité, a été privé au profit du libéral Pat Finnigan d’une bonne partie des voix qui, en 2020, avait manqué à Bertrand LeBlanc.
Mais les candidats écologistes améliorent quand même leur score. C’est notamment le cas dans Shediac-Cap-Acadie où Jean Bourgeois, avec 2901 suffrages exprimés (30,03%) améliore la performance réalisée par Gilles Cormier il y a quatre ans (2453 voix – 26,61%). Mieux réélu cette année qu’en 2020, Jacques LeBlanc a surtout profité du déclin constant du vote bleu dans sa circonscription, où Christine Arsenault a obtenu 6% de moins que Marie-Paule Martin lors du précédent scrutin.
Dans Dieppe-Memramcook où 70,24% des inscrits ont exercé leur droit de vote, la libérale Natacha Vautour obtient une victoire sans appel (5600 voix – 66,34%). Jacques Giguère s’attendait certainement à mieux, mais avec 1531 voix (18,13%), il améliore de 3% les résultats obtenus en 2020 par le Parti vert dans cette circonscription.
Une première élue issue de l’immigration
Dans la circonscription de Baie-de-Shediac-Dieppe, Robert Gauvin recueille 6530 voix et fait donc mieux que Brian Gallant en 2018 (6162 voix). Réélu avec 8% de plus qu’il y a quatre ans, celui qui a gagné ses galons de ténor du Parti libéral et devrait être une voix forte à l’Assemblée législative a tenu à remercier ses proches.
«Bravo Susan, première femme première ministre. Merci aux gens de Baie-de-Shediac-Dieppe, merci à mon équipe et merci surtout à mon épouse Émilie.»
Son adversaire progressiste-conservateur, René Ephestion, a récolté près de 1200 voix de moins que Mathieu Gérald Caissie en 2020, soit 12% des suffrages. Il fait toutefois 4% de plus que Paulin Blaise Ngweth en 2018, issu comme lui de la diversité culturelle.
Il faut aller dans Moncton-Nord-Ouest, circonscription ordinairement acquise aux bleus, pour mesurer l’ampleur du désaveu infligé au gouvernement sortant. Avec une avance de 225 voix, Tania Sodhi y réalise l’exploit de déloger Ernie Steeves qui fut, pendant six ans, l’inamovible ministre des Finances de Blaine Higgs. Originaire de l’Inde, la nouvelle élue libérale devient, de ce fait, la première députée provinciale du Nouveau-Brunswick issue des communautés ethnoculturelles.
Moncton et Kent en rouge
La circonscription de Moncton-Sud, que les politologues disent choisir habituellement son représentant du côté du parti qui parvient au pouvoir, n’a pas fait mentir l’adage. Les sondeurs, qui donnaient au coude à coude Claire Johnson (PL) et le député sortant, Greg Turner (PC), se sont trompés de 11%.
Moncton-Est revient aux libéraux où le jeune avocat et ancien président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick, Alexandre Cédric Doucet, triomphe avec 60% des suffrages. Il a déclaré vouloir défendre les priorités propres à sa circonscription, mais également la place de la langue française dans un Nouveau-Brunswick bilingue.
De retour dans Kent, l’ancien maire de Saint-Antoine, Ricky Gautreau (PC), concède la victoire à Lyne Chantal Boudreau qui le coiffe au poteau avec 1282 voix d’avance. La candidate libérale obtient même la majorité absolue avec 53,10% des suffrages exprimés.
Son voisin dans Beausoleil-Grand-Bouctouche-Kent, Benoît Bourque, est réélu pour un quatrième mandat et réalise la meilleure performance de son parcours. Avec 64,55%, il laisse ses adversaires se partager les restes. Dans cette circonscription côtière comme dans celle de Shediac-Cap-Acadie, le vote vert progresse là où le vote bleu décline encore.
«Je suis extrêmement heureux et fier de servir dans ce gouvernement historique», a déclaré M. Bourque lors de la soirée électorale.
«Cette campagne a montré ce qu’on peut faire avec une équipe qui travaille ensemble. Les Néo-Brunswickois veulent un changement, et c’est à nous de livrer une nouvelle politique avec une vision de travail collaboratif sur le terrain», a déclaré Mme Holt en mesurant l’espoir que les électeurs ont placé en elle et ses troupes.
