Actualités
11 Juillet 2024
Une reconstitution historique souligne les liens d’amitié entre les Acadiens et les peuples autochtones
- Partager
Dimanche 7 juillet, au lendemain du coup d’envoi des célébrations du Bicentenaire de Sainte-Marie-de-Kent, un événement singulier s’est déroulé au quai qui borde la rivière Bouctouche. L’arrivée des premiers colons acadiens, en 1824, a été fidèlement reconstituée. Le message qu’elle porte résonne encore et conserve toute sa pertinence.
_______________________
Damien Dauphin
IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien
« Eptjilaasi ». Bienvenue, dans la langue du peuple Mi’kmaq.
Tout porte à croire que ce mot a été prononcé il y a deux cents ans lorsque les premiers colons acadiens sont à arrivés dans le secteur de ce qui est aujourd’hui Sainte-Marie. Ils y ont été accueillis par les habitants de la région de Sikniktuk, territoire traditionnel non cédé des Mi’kmaq que couvre aujourd’hui le Moniteur acadien.

Après l’échange des cadeaux, Marc Babineau et Mathew Sanipass se serrent la main en signe de respect et d’amitié mutuels. Photo : Damien Dauphin)
Ce premier contact amical a été reconstitué avec des costumes et des objets de la première moitié du dix-neuvième siècle. L’événement est le résultat d’une discussion entamée entre le comité organisateur des célébrations du Bicentenaire de Sainte-Marie et Mathew Sanipass, conseiller de la bande de Tjipogtotjg (Première nation de Bouctouche).
«En 1824, les premiers colons descendent cette rivière qui était alors connue des peuples autochtones sous le nom de Tjipogtotjg. C’était le seul moyen efficace d’explorer les zones intérieures de la région, car les bois épais et les broussailles ne pouvaient être facilement parcourus à pied ou même à cheval», mentionne Laurie Allain dans le récit qu’il lit au micro.
Au même moment, trois canoës qui remontaient la rivière arrivent au quai. Le maire-adjoint de Champdoré, Marc Babineau, joue le rôle du chef des Acadiens. Suivent dans les deux autres canoës Gilles Léger, Mathieu Vallée, Vincent Vallée et Stéphane Richard. Au bord de l’eau, Mathew Sanipass prête ses traits au chef Mi’kmaq qui accueille les colons.

L’arrivée des colons acadiens à bord de canoës sur la rivière Bouctouche (Tjipogtotjg). (Photo : Damien Dauphin)
«Les deux cultures étaient considérées comme des peuples pacifiques, mais le premier contact à ce moment-là dans l’histoire a été un moment critique dans l’établissement des relations, poursuit Carla Vautour qui donne lecture du récit en anglais. Le fait d’avoir une relation fondée sur le respect mutuel était d’une importance cruciale pour le peuple Mi’kmaq et constituait l’élément de base de toute interaction future ainsi que de toute activité commerciale.»
Des objets vieux de 200 ans
Pour surmonter la barrière naturelle que constituaient leurs langues respectives, et soulager la tension palpable dans l’air, les deux communautés devaient communiquer au moyen de gestes, de mouvements délicats et de tons prudents. La bonne foi mutuelle se manifestait sous la forme d’échange de cadeaux.
«La sélection des cadeaux nécessitait une certaine considération, poursuivent les narrateurs. Les cadeaux des deux parties devaient indiquer un geste authentique envers une relation et non pas simplement une transaction commerciale.»
Ainsi, les colons offrirent aux Mi’kmaq quelque chose qu’ils ne possédaient pas déjà, comme des outils et des articles en métal forgés par leurs soins. Encore que les Mi’kmaq, très débrouillards, avaient eux-mêmes des produits métalliques. Ils pouvaient donc discerner l’utilité des cadeaux offerts.
En échange, ils donnèrent notamment aux colons du tabac provenant initialement de régions extérieures à l’Amérique du Nord et apporté par deux siècles plus tôt par des explorateurs tels Samuel de Champlain. Ce dernier avait parcouru la région et l’un de ses capitaines, Pierre Angibault, se faisait appeler Champdoré. La nouvelle municipalité dont fait partie Sainte-Marie est nommée d’après celui-ci.
Marc Babineau et Mathew Sanipass ont recréé le point tournant que constitue l’échange de cadeaux. Ceux-ci sont absolument authentiques. Les grands-parents de M. Babineau étaient forgerons. Les objets qu’il a donnés à M. Sanipass proviennent de son patrimoine familial et certains ont deux siècles d’existence. De son côté, M. Sanipass a fait appel à son savoir-faire artisanal pour produire les pièces qu’il a remises à son interlocuteur. Celles-ci étaient disposées dans un panier d’osier dans lequel il a dormi lorsqu’il était bébé.
Une authenticité qui vient du cœur
«Le premier colon savait qu’il devait amener des cadeaux, mais pas juste pour faire des cadeaux. Il fallait que ça vienne du cœur, précise le maire-adjoint de Champdoré, conseiller municipal pour Sainte-Marie. La grandeur du message, c’est qu’on invite les gens à découvrir les autres cultures. On parle aujourd’hui de la culture autochtone, mais aujourd’hui, dans nos communautés, il y a beaucoup d’autres cultures qui s’installent et c’est important de s’y intéresser. Ce ne sont pas des différences, ce sont des richesses.»
Les cadeaux échangés étant authentiques, l’échange tel que reconstitué n’était pas symbolique. Chacun va conserver précieusement ce que l’autre lui a donné.
«Je vais les conserver comme un souvenir d’une belle amitié, dit Mathew Sanipass. Avec toutes les difficultés que connaît le monde actuel, tout ce dont nous avons besoin c’est de paix, d’amour, de respect et de compréhension.»
La sagesse des peuples autochtones force l’admiration et produit des messages inspirants pour notre époque.
