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10 Juillet 2024
Au-delà des apprentissages, l’école Claudette-Bradshaw nourrit ses élèves qui ne mangent pas à leur faim
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Certaines écoles du District scolaire francophone Sud luttent contre l’insécurité alimentaire de leurs élèves en leur offrant chaque matin un petit déjeuner. L’école Claudette-Bradshaw à Moncton, qui vient de clôturer sa première année scolaire, est l’un de ces établissements.
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Damien Dauphin
IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien
Vendredi 21 juin, dernier jour de l’année scolaire. Il est 7h30 dans la nouvelle école Claudette-Bradshaw, nommée en mémoire de la dame au grand cœur qui fut toute sa vie très impliquée auprès de la jeunesse et dans les œuvres sociales. L’établissement bruisse de centaines de pépiements. Derrière le rideau tombé sur la scène qui surplombe le gymnase, des tables sont dressées et, sur l’une d’elles, de la nourriture est déployée. Deux bénévoles préparent le petit déjeuner pour les enfants qui ont le ventre creux.

Des bénévoles souriants servent le petit déjeuner aux élèves tous les matins. Vendredi 21 juin, de gauche à droite : Vanessa Chiasson, agente de développement communautaire; Alexandre Cédric Doucet; Lucie Kucerova, assistante en éducation; et Naouel Toulait, agente d’établissement scolaire. (Photo : Damien Dauphin)
L’un d’eux n’est pas vraiment comme les autres. Il s’agit de l’avocat Alexandre Cédric Doucet, candidat pour le Parti libéral aux élections provinciales dans la circonscription de Moncton-Est. La jeune étoile montante de l’équipe de Susan Holt se dit présent sur le terrain en tant que simple citoyen, et comme père dont les enfants (le deuxième naîtra dans quelques mois) fréquenteront plus tard l’école Claudette-Bradshaw.
M. Doucet, qui vient servir aux enfants le repas le plus important de la journée une à deux fois par semaine, trouve l’expérience gratifiante. S’il est élu député, il aimerait continuer ce bénévolat dans la mesure où son emploi du temps le lui permettrait. D’ailleurs, la politique n’est pas bien loin dans cet enjeu de société valorisé par son parti.
«Dans notre plateforme électorale, nous avons comme objectif d’instaurer le programme de petits déjeuners partout dans la province, en collaboration avec le gouvernement fédéral qui a annoncé un programme national. Si nous formons le prochain gouvernement, nous allons entamer des négociations pour l’instaurer le plus rapidement possible», explique-t-il.
À côté de lui, la Marocaine Naouel Toulait sert des bambins. Cette enseignante de formation est arrivée au Nouveau-Brunswick l’hiver dernier avec son époux et leurs enfants. Elle est à l’emploi de l’école Claudette-Bradshaw mais également de l’école Le Mascaret qui la jouxte, à titre d’agente d’établissement scolaire.
«J’adore les enfants et je suis une maman. C’est pour ça que c’est important pour moi de faire ce bénévolat», dit-elle en donnant des tartines et des fruits à un élèves.
Le service des petits déjeuners est rendu possible grâce aux dons de Food Dépôt Alimentaire qui approvisionne l’école en fruits, en pain, en céréales et en produits laitiers. De quoi donner aux élèves affamés l’énergie dont ils auront besoin pour suivre les cours durant la journée.
«Le service n’est pas réservé uniquement aux élèves qui sont dans le besoin, précise le directeur de l’école, Éric Landry. Ça peut être n’importe qui se lève tard ou qui a une perte d’énergie et qui a besoin d’un peu plus de nourriture.»
Un besoin identifié auprès des familles
M. Landry ajoute qu’au tout début de l’année scolaire, l’école ne triait pas les élèves et que le service était ouvert à tous. Partant de là, l’établissement a commencé à noter quels étaient les élèves présents régulièrement, avant d’appeler leurs parents pour valider les besoins particuliers au-delà du droit ouvert à tous les enfants.
«Certains élèves venaient par gourmandise, d’autres par esprit de camaraderie pour manger avec leurs amis. C’était correct, mais on a dû faire de l’éducation auprès des parents et des enfants.»
Éric Landry donne un coup de chapeau aux bénévoles sans lesquels rien ne pourrait se faire dans de bonnes conditions. Il mentionne aussi que la plupart des élèves qui viennent prendre le petit déjeuner à l’école ont une boîte à lunch mais qu’il y manque toujours quelque chose.
«Toutes les familles n’ont pas ce qu’il faut pour nourrir leurs enfants, déplore l’éducateur. On sait que le repas du matin est absolument crucial pour faire les apprentissages durant la journée. On essaie de développer un projet pour assurer que des élèves aient un dîner aussi», révèle-t-il.
Il n’existe pas encore de programme universel pour les petits déjeuners dans les établissements scolaires de la province. La direction de l’école Claudette-Bradshaw se dit chanceuse d’en bénéficier, sans vraiment savoir qui sont les bonnes fées qui se sont penchées sur sa demande. Le service reprendra dès la rentrée scolaire, début septembre.
