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21 Août 2023
Entrevue avec Jean-François Roberge, ministre québécois de la Langue française
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De passage dans la région à l’occasion de la fête de l’Acadie, Jean-François Roberge a accordé un entretien au Moniteur Acadien. Nous l’avons rencontré le 16 août au siège du Bureau du Québec dans les Provinces atlantiques, à Moncton. Au programme : Francophonie, immigration et coopération économique.
Damien Dauphin
Le Moniteur Acadien
Acadien par alliance
Mardi 15 août, avant que ne commence le tintamarre, le député de Chambly a révélé au public présent place Châtellerault à Bouctouche qu’il était Acadien… par mariage ! Les parents de son épouse sont originaires de Shediac. Il n’est pas surprenant que nous partagions les mêmes préoccupations.
«Ma femme éprouve un attachement particulier aux Acadiens du Nouveau-Brunswick. Elle m’en parle souvent. C’est important pour elle.»
Ministre de la Langue française dans le gouvernement Legault, il est venu encourager le peuple acadien à défendre sa langue et son patrimoine. La langue de Molière et de Maillet est minoritaire sur le continent américain, ce qui impose un devoir de vigilance pour ne pas s’éroder graduellement sans s’en rendre compte. Le constat posé dans la seule province unilingue francophone du Canada devrait inciter l’Acadie à ne pas baisser la garde.
«Au Québec, au cours des 20 dernières années, le français a reculé davantage que durant le siècle précédent (1901-2001). Entre 2001 et 2021, on a constaté un recul sur la langue parlé à la maison, la langue parlée au travail et la langue de consommation culturelle. Ça ne veut pas dire qu’il faut avoir une position défensive et gérer un déclin tranquille. Il faut demeurer proactifs dans nos politiques pour assurer une solidarité culturelle entre les Francophones du Canada et des Amériques. Cette vigilance va assurer notre survivance et l’épanouissement.»
Mobilisation interministérielle pour défendre le français
Afin d’éveiller la population et de lui faire prendre conscience de la situation, son ministère documente et nomme les faits sans rien dissimuler. Les statistiques sont diffusées. «Ce qu’on a décidé de faire, c’est d’appeler au réveil national», dit M. Roberge.
Au début de l’année, il a lancé le Groupe d’action pour l’avenir de la langue française, dont font également partie les cinq autres ministres en charge des portefeuilles de l’immigration, de la culture, de l’enseignement supérieur, de l’éducation et, bien évidemment, des relations internationales et de la francophonie. Ce comité interministériel, auquel participent les chefs de cabinet et les sous-ministres, témoigne de la mobilisation gouvernementale dans la province voisine dont les autorités préparent un plan d’action ambitieux qui sera déployé à l’automne. «On va changer les choses durablement de manière globale. C’est un standard qu’aucun gouvernement avant nous n’avait jamais établi.»
Relation Acadie-Québec
Avec les années, la relation Acadie-Québec s’est améliorée et renforcée. Ministre responsable de la Francophonie canadienne, Jean-François Roberge crédite la présence du Bureau du Québec dans les Provinces Atlantiques (BQPA) qu’il qualifie de «pilier du partenariat». Le ministre a notamment fait mention du partenariat néo-brunswickois avec l’Université de Sherbrooke en vertu duquel les étudiants en médecine n’ont pas à quitter la province pour obtenir leur diplôme.
Grâce à l’action de la cheffe de poste du BQPA, Maud-Andrée Lefebvre, et de l’équipe qui la seconde, il entrevoit de belles coopérations les acteurs économiques et de la société civile. Il se félicite que l’investissement du gouvernement québécois en Atlantique, à hauteur de 8 millions $ cette année, n’ait jamais été aussi élevé. Cette enveloppe budgétaire touche de nombreux secteurs d’activités.
«Akadi Lumina est un bon exemple de la mise en relation d’entrepreneurs économiques et culturels chez nous et chez vous. Grâce à une expertise technologique québécoise (Moment Factory), on participe au développement économique ici en Acadie.»
Immigration francophone
En vertu d’une entente, le Québec gère son immigration. La province voisine n’est donc pas concernée par la fameuse cible en immigration francophone hors Québec que le gouvernement fédéral se targue d’avoir enfin atteinte au pays. M. Roberge souligne que toutes les années durant lesquelles le gouvernement fédéral n’a pas atteint sa cible en immigration francophone hors Québec ont causé un retard et provoqué un déficit démographique. Il estime que le fait français en a pâti et qu’il faudra beaucoup plus d’immigrants francophones dans les prochaines années pour combler ce retard. Encore faut-il savoir les sélectionner judicieusement. Accueillir un immigrant qui est capable de se débrouiller en français mais qui non seulement parle une autre langue à la maison, mais de surcroît travaille et consomme en anglais, n’est pas de nature à aider la francophonie canadienne à assurer sa pérennité.
«Est-ce que cette personne va s’intégrer à une communauté francophone et renforcer le fait français au Canada ? Ce n’est pas certain. Parfois, quand on veut atteindre une cible, on baisse les standards et ce n’est pas quelque chose qu’on peut se permettre en Francophonie canadienne», croit-il.
CMA 2024
À moins d’un imprévu, Jean-François Roberge sera de retour en Acadie pour le CMA 2024. Pour conclure l’entretien, il livre un message volontariste et positif au lectorat du Moniteur Acadien.
«Québécois et Acadiens se sont habitués à survivre en subsistant. Je pense que c’est le temps de tourner la page et d’arrêter de se défendre et de s’excuser. C’est le temps de s’épanouir et de voir grand. Avec les partenariats que nous établissons, je pense que nous en sommes capables.»
