Lise Cormier, profession : experte en essai d’ajustement du masque N95

Pendant une fin de semaine, Lise  Cormier, de Beaubassin-est, peut faire une centaine de masques en un tour de main. (Courtoisie)

   La chimiste Lise Cormier, de Beaubassin-est, est consultante environnementale pour la compagnie All-Tech Environmental Services depuis 2007.

Claire Lanteigne 

Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

   L’entreprise  a un contrat depuis 15 ans avec l’hôpital de Moncton et l’hôpital de Sackville, du réseau de santé Horizon pour effectuer les essais d’ajustements de masques N95. Depuis l’épidémie du SRAS, en 2003, tous les employés de ces deux hôpitaux doivent porter un masque et le faire ajuster tous les deux ans, que ce soient les médecins, les infirmières, le personnel du service alimentaire, les concierges, etc., ainsi que le personnel du Programme extra-mural. Il s’agit d’une directive de Travail sécuritaire NB. 

   «Habituellement, je passais environ cinq jours par mois sur ce contrat, dit-elle, et j’ai une liste de 5 000 personnes dans ma base de données. En 13 ans, il y a des gens que j’ai vus sept fois. Mais depuis le début de la COVID-19, en janvier, c’est cinq jours à temps plein et chaque essai d’ajustement prend environ 20 minutes.» Depuis janvier, elle a assisté 681 personnes, à raison de 20 personnes par jour. Lise Cormier porte un masque procédural depuis les débuts parce qu’elle doit s’approcher des clients pour procéder aux essais.

   Elle se rend aussi aux cliniques médicales de Riverside-Albert, de Rexton et de Petitcodiac, afin de combler les surcharges de travail. La semaine dernière, en plus de son travail régulier à l’Hôpital de Moncton, elle s’est rendue aux hôpitaux de Miramichi, du Haut de la Vallée à Waterville, près de Hartland, et à celui de Fredericton. 

   «Nous utilisons la méthode quantitative pour les essais d’ajustements, explique Lise. Cette méthode est plus dispendieuse, mais plus efficace». La méthode «quantitative» consiste à exposer le masque à un agent d’essais afin de mesurer le degré d’infiltration à l’intérieur. Certains hôpitaux utilisent plutôt la méthode «qualitative», par laquelle l’utilisateur se sert de ses sens pour détecter des substances avec lesquelles il ou elle est mis en contact. Au début, Lise s’est concentrée sur les médecins et les infirmières, ainsi que sur le personnel qui n’ avait jamais eu de masque. «Mais ça s’en vient bien, et j’aurai fini prochainement. Il me reste à peu près une demi-journée à faire à Fredericton à la mi-mai et une journée à Moncton pour les nouveaux employés embauchés par l’institution.»

   Elle fera aussi des essais d’ajustements pour les dentistes qui ont beaucoup de difficulté à obtenir les masques N95.

   Lise doit maintenant voyager beaucoup plus; les arrêts aux hôtels ne lui plaisent guère. Elle est par ailleurs consciente des dangers qui accompagnent ses responsabilités. «J’ai assez peur d’être malade, dit-elle, car si jamais j’étais infectée, je pourrais en infecter d’autres. Je lave et désinfecte tout.» Elle apprend à évoluer dans cette nouvelle réalité, mais elle aime son travail ainsi que rencontrer les employés avec qui elle passe les sept étapes pour un essai d’ajustement.

Faire des masques pour se relaxer et une bonne cause

À l’Hôpital de Moncton, on connaît Lise comme la «Fit testing lady»; on pense qu’elle est une employée tellement on l’a vue souvent depuis 13 ans.

   Et quand arrive la fin de semaine, pour relaxer, elle se rend dans sa salle de couture et… fabrique des masques Elle a même participé à la mise sur pied d’un groupe «Coudeuses de par che-nous». «C’est ma thérapie. Ce ne sont pas des masques N95, mais ce sont de bons masques en batik, ce qui est mieux que le coton à 100%.» Ces masques sont  plus soyeux, plus denses et ont deux épaisseurs. Il y a un petit trou pour la pincette de nez et un filtre à café qui augmente la protection. Ils sont lavables.

   Elle ajoute qu’elle a commencé par en tailler une vingtaine, puis elle en a fait 100 au cours d’une fin de semaine, celle qui a coïncidé avec la tuerie en Nouvelle-Écosse. Ce drame l’a particulièrement marquée puisque son mari, Michel Dupuis, un membre de la GRC, était en fonction lorsque trois membres du détachement Codiac ont été tués à Moncton en 2014 par un tireur solitaire.

   Comme la fabrication de masque est très populaire ces temps-ci, elle ne trouve pas toujours les matériaux dont elle a besoin dans la région. Elle fait alors du magasinage en ligne, soit pour des élastiques ou du tissu, auprès de boutiques qui offrent le service. Elle paie en ligne et va chercher sa commande qu’on lui livre à l’auto. Au rythme où elle les confectionne, son inventaire de tissu diminue à vue d’œil. Sans oublier que les commandes augmentent continuellement.

   Elle en a reçu d’amis du Québec et d’Ottawa, dont une qui travaille pour l’UNICEF; ce masque voyagera dans le monde.

   Et toujours aussi généreuse, elle ne les vend pas : «Je demande aux gens de faire un don à une œuvre de charité de leur choix, poursuit-elle. J’ai un penchant pour le Centre de ressources et de crises familiales Beauséjour Inc.»

   Lise Cormier participera également à un projet des membres du Moncton    Modern Quilt Guild afin de faire une couverture aux couleurs du drapeau de la Nouvelle-Écosse et avec des cœurs. Elles seront toutes envoyées aux travailleurs et travailleuses de première ligne de cette province.

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