L’industrie pétrolière fragilise-t-elle la démocratie?

Hector J. Cormier

Moncton

 

Il y a quelque temps, l’intellectuel américain Noam Chomsky, bientôt âgé de 91 ans, rappelait que les défis que doivent envisager les générations futures sont de taille dont le réchauffement de la planète et la possibilité d’une guerre nucléaire. Et, il ajoutait à cela les atteintes à la démocratie, phénomène davantage présent avec l’arrivée de leaders populistes de droite tels les Trump et autres ambitieux de même acabit.

Nous avons créé une société de surconsommation, et, à cela, il y a un prix. On nous dit que nous aurions besoin de plus d’une planète pour pourvoir aux besoins des habitants. Mais, traitons-nous bien celle que nous avons?

Dans son tout récent livre « Blowout, Corrupted Democracy, Rogue State Russia, and the Richest, Most Destructive Industry on Earth », Rachel Maddow, Ph. D., animatrice d’une émission quotidienne au réseau MSNBC, démontre jusqu’à quel point la démocratie est en danger un peu partout sur la planète et combien l’industrie pétrolière et celle du gaz naturel en sont les grandes responsables.

Les  géants de ce monde industriel sont intéressés à une chose surtout : les profits de taille. Bien téméraires seraient ceux qui oseraient entraver la route. Les projets sont gigantesques et les ambitions, tout autant. Tous les moyens sont bons pour y arriver, qu’il s’agisse de manigance, de mensonge, de pots-de-vin ou d’illégalité. En somme, la corruption érigée en système.

Prenons pour exemple les Frères Koch, propriétaires d’une industrie américaine de 116 milliards intéressée au pétrole, à la chimie, à l’énergie, au gaz naturel, etc. Lors de la dernière diminution de taxes devant profiter à l’Américain moyen, ces titans ont profité des largesses de Donald Trump en empochant pas moins d’un milliard (1 000 000 000$) par an pour, par la suite, verser 400 millions en contributions financières lors de campagnes électorales aux candidats républicains qui endossent des législations les favorisant. Un tel pouvoir représente un danger sûr à la démocratie.

 

Dans son livre, Rachel Maddow raconte comment le magnat du pétrole Harold Hamm (fortune : 9,2 milliards), grand patron de Continental Resources, a réussi à trouer le sol de l’État de l’Oklahoma et à développer la technique de fracturation hydraulique pour extraire du sol le pétrole de schiste. Mitt Romney l’a eu comme principal conseiller à l’énergie lors de la campagne présidentielle américaine en 2012 : excellent moyen d’accéder aux plus hautes sphères du pouvoir.

Il s’est produit dans l’Oklahoma en 2015 pas moins de 900 secousses sismiques d’une amplitude de 3.0 ou plus à l’échelle de Richter. Pour éviter que la chose ne soit connue, on s’assure de museler les experts qui tentent de démontrer le lien existant entre ces tremblements de terre et le forage de puits. On invite le recteur de l’université de l’Oklahoma à siéger au conseil d’administration de Continental Resources lui versant des honoraires de 350 000$ annuellement et, en retour, on offre au président de la pétrolière de sièger au bureau des gouverneurs de l’Université là où œuvrent les chercheurs et les experts. Et, ainsi va la démocratie! Mieux vaut ne pas souiller la nappe phréatique.

Trump nomme l’ancien gouverneur de l’état du Texas Rick Perry à la tête du Secrétariat à l’Énergie, un homme qui a aboli, sans scrupule, un tas de règlements qui assuraient la protection de l’environnement et de la vie humaine. Trump invite Rex Tillerson (fortune : 330 millions), le président directeur général de ExxonMobil, à devenir le secrétaire d’État. Ce dernier avait offert toute l’expertise de sa compagnie à Vladimir Poutine pour explorer les ressources pétrolifères gisant sous les eaux pures de l’Arctique. En retour, le chef de l’État russe l’a investi des plus hautes décorations de la nation.

Grâce à l’industrie gazière et pétrolière, Poutine est devenu un des hommes les plus riches du monde (fortune : plus de 200 milliards) alors que le salaire annuel moyen chez les Russes est de 12 000$. Ayant appuyé Trump aux élections de 2016, Poutine espère que ce dernier saura abolir les sanctions dont fait l’objet la Russie depuis l’invasion de l’Ukraine. En retour, Trump sera probablement autorisé à ériger une tour de luxe en plein cœur de Moscou.

Il resterait 15 billions (en anglais trillion) de barils de pétrole dans le sous-sol terrestre. Dans un marché aussi lucratif, quelles influences se joueront pour que puisse se poursuivre l’exploration, et pourra-t-on mesurer l’ampleur des effets irréversibles qu’elle pourrait avoir sur l’environnement? Rappelons que dans le déversement majeur du Golfe du Mexique par la British Petroleum en 2010, ExxonMobil n’était même pas équipée à intervenir dans un désastre pareil.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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