EDITORIAL

Jody, Justin et les voies ensoleillées   «Il est plus aisé d’être sage pour les autres que pour soi-même.»
 La Rochefoucauld

L’affaire SNC-Lavalin a secoué le gouvernement Trudeau au moment d’amorcer le dernier droit vers l’élection d’octobre. Jusqu’au Nouvel An, il semblait se diriger vers une réélection confortable. Maxime Bernier venait de créer un nouveau parti qui ne pouvait que nuire au chef conservateur Andrew Scheer, déjà pas très attrayant pour l’électorat canadien. Jagmeet Singh n’arrivait vraiment pas à prendre sa place. Le Bloc Québecois semblait en pleine déconfiture.

   De réelles voies ensoleillées pour le parti libéral.

Chronologie des événements qui sont venus brouiller les cartes :

  • Le 14 janvier – Jody Wilson-Raybould, première femme autochtone occupant le poste de ministre de la Justice et de procureure générale dans l’histoire du Canada, est mutée à un autre ministère.
  • Le 7 février – le Globe and Mail publie un article en première page, citant des «sources anonymes», qui suggère que le changement de ministère de la ministre était relié à son refus de se plier aux pressions de l’entourage du PM pour qu’elle offre à SNC-Lavalin une porte de sortie douce de sa poursuite criminelle pour corruption.
  • Le 11 février – le PM Trudeau nie les allégations ajoutant que le fait que Wilson-Raybould soit toujours ministre parle de lui-même.
  • Le 12 février – Jody Wilson-Raybould démissionne du Cabinet.
  • Le 15 février – le PM Trudeau confirme qu’il y avait eu des discussions entre lui et l’ancienne ministre mais affirme être en désaccord avec l’interprétation de celle-ci voulant que les pressions placées sur elles étaient politiques et inappropriées.
  • Le 18 février – le secrétaire principal du PM, Gerald Butts, démissionne de son poste pour tenter d’éteindre le feu.
  • Le 4 mars – la ministre Jane Philpott démissionne à son tour du Cabinet disant qu’elle avait perdu confiance dans la gestion, par le gouvernement, de l’affaire SNC-Lavalin et que son sens de l’éthique l’obligeait de quitter son poste.

L’analyse

Les deux femmes disent avoir l’intention de se présenter aux prochaines élections en tant que candidates du Parti libéral. Pourtant, elles ont causé plus de dommages au gouvernement que tous les députés de l’opposition mis ensemble. En fin de compte, pour Justin Trudeau, le scénario pourrait difficilement être pire. La toile de fonds de son mandat était celle d’un PM féministe et pour qui la réconciliation avec les peuples autochtones était au cœur de sa promesse de gouverner autrement. Il doit maintenant gérer une crise de confiance qui porte atteinte à l’essentiel de son message, une crise dont on a pas encore vu la fin.

Bernard Richard

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