Hommages posthumes
Que de souvenirs lorsque j’ai appris que l’intérieur de l’ancien hôpital de
Shédiac avait été partiellement endommagé lors d’un incendie récent. Heureusement qu’il n’y a pas eu de victimes.
Voilà ce qui m’amène à vous parler de cette maison historique, construite aux alentours de 1890, par Olivier Melanson, d’Aboujagane, politicien et homme d’affaires impliqué dans l’industrie et l’exportation des pommes de terre.
Par la suite, cette maison est devenue un hôtel ainsi qu’une école gérée par une congrégation de frères et, finalement, achetée par le docteur Omer Gallant qui la transforma en un hôpital d’environ 30 lits pour desservir la population de Shédiac et des environs. Le docteur Gallant, chirurgien réputé, était appuyé par le docteur Benoit Renault, médecin de famille, et le docteur Joseph Gagnon, agissant en tant qu’anesthésiste lors de chirurgies majeures.
L’infirmière Claudette Boudreau-Cormier était une femme à tout faire! En plus d’agir en tant qu’infirmière à l’intérieur de l’hôpital, elle était en charge du laboratoire (prises de sang) et prenait, au besoin, les radiographies auprès des patients.
Appuyée par une équipe d’infirmières diplômées et d’auxiliaires d’expérience, j’ai eu le bonheur et le défi, au début des années 60, de diriger le Nursing dans cet hôpital dès mon arrivée de Québec où je venais d’obtenir ma licence en Nursing de l’hôpital de l’Enfant-Jésus – affilié à l’Université Laval.
Je parle de défi puisque ce n’était pas un secret pour personne que le docteur Gallant avait ses idées préconçues dans le domaine de la médecine et de la gérance de son hôpital. Après quelques-unes de mes suggestions, il m’a fait une mise en garde en me disant : «Tu n’es pas venue de Québec pour changer les lois de l’hôpital». J’ai aussitôt compris. Je connaissais alors mes limites de persuasion auprès du grand patron.
Cet hôpital était le lieu de chirurgies majeures, d’amputations, plusieurs accouchements, une pouponnière et une salle de pédiatrie gérée avec perfection par feue Peggy Boudreau. Les repas succulents étaient préparés par feue Doris Léger et feue Exelda Bourque.
Le docteur Gallant jouissait d’une excellente réputation et d’une confiance hors pair auprès de ses nombreux patients ainsi qu’auprès des membres de son personnel.
Il serait triste et dommage que cette maison qui abrite le vécu de tant d’histoires et de réalisations soit démolie. Au nom du patrimoine de Shédiac et de ses environs, il faut à tout prix qu’elle soit conservée et ainsi rendre hommage à son passé historique ainsi qu’au docteur Omer Gallant et ses acolytes.
Jeannita Thériault
