Décès de Gilbert Finn

Une photo de Gilbert Finn captée lors du gala du 100e d’Assomption Vie, en janvier 2003.

Une photo de Gilbert Finn captée lors du gala du 100e d’Assomption Vie, en janvier 2003.

La communauté reconnaît sa grande contribution à l’Acadie

par Claire Lanteigne

DIEPPE – Le grand bâtisseur acadien Gilbert Finn est décédé mercredi dernier à l’âge de 94 ans. Il a joué un rôle majeur dans le déve-loppement de la communauté acadienne et les hommages sont venus de tout part pour reconnaître son apport à l’Acadie.

Après avoir œuvré dans le Mouvement coopératif, de 1947 à 1950, il est ensuite embauché par la Société l’Assomption, qui deviendra plus tard Assomption Vie. Il gravit les échelons jusqu’à devenir le PDG de cette entreprise en 1962. Sous sa gouverne, l’Assomption prend de l’ampleur. La Place de l’Assomption, à Moncton, et le Carrefour Assomption de Moncton sont construits pendant qu’il est aux commandes.

Le PDG d’Assomption Vie, André Vincent, explique que l’entreprise qu’il dirige doit une fière chandelle à Gilbert Finn.

«Son passage à l’Assomption a été à un moment absolument crucial dans l’histoire de la compagnie», de dire M. Vincent. C’est que partout où il passait, il prenait les commandes avec fermeté et mettait en oeuvre sa vision. Chez Assomption Vie, cela s’est concrétisé par des changements majeurs.

«Au moment où il a pris la présidence, en 1962, on était une société fraternelle. Et c’est lui qui a contribué à transformer l’organisation, à la moderniser et à la créer comme elle est aujourd’hui, une société mutuelle», dit André Vincent.

Université de Moncton

   Gilbert Finn devient le recteur de l’Université de Moncton, en 1980, poste qu’il occupera jusqu’en 1985.

Le recteur actuel de l’Université de Moncton, Raymond Théberge, soutient lui aussi que Gilbert Finn a laissé sa marque sur cette institution.

«C’est durant son mandat que l’Université de Moncton s’est réellement engagée dans la recherche. On a créé une douzaine de chaires et de centres de recherche durant son mandat. C’était quand même un élément important dans le développement de l’Université.»

L’autre contribution majeure a été de solidifier les finances de l’Université de Moncton, explique Raymond Théberge. «L’Université était toujours fragile au plan financier. Il a été capable de donner certaines assises solides au plan financier pour assurer la pérennité de l’Université. Il a mené une campagne de collecte de fonds importante à ce moment-là.»

Il reconnaît que Gilbert Finn n’a pas fait l’unanimité lors de son passage à la tête de l’institution. «Évidemment, tout le monde n’était pas d’accord avec les méthodes utilisées, mais je pense que tout individu qui a un impact, qui occasionne du changement, va toujours faire réagir. Le changement n’est pas fa-cile. Il a quand même apporté des changements importants à l’Université».

Hôpital Dr-Georges-L.-Dumont

     Pendant des décennies, il a enchaîné les causes et les luttes. Il a mis l’épaule à la roue pour obtenir la construction de l’Hôpital Dr-Georges-L.-Dumont à Moncton et pour faire respecter les francophones dans la municipalité et au sein de diverses organisations. Il a notamment été membre de l’Ordre de Jacques-Cartier, mieux connu sous le nom de «la Patente», qui oeuvrait à l’avancement du fait français.

«Gilbert Finn a démontré par de multiples actions, tout au long de sa vie, qu’il croyait fermement en l’Acadie du Nouveau-Brunswick et en la capacité de notre communauté de faire avancer ses causes et ses institutions. Dans le domaine de la santé, il a été de la création du CHU Dumont et a également été l’instigateur de notre fondation. Cette initiative nous permet, après 32 ans, de continuer à appuyer la mise en place de soins de santé de pointe offerts à la population de tout le Nouveau-Brunswick et en particulier, aux francophones», témoigne René Collette, président du Conseil d’administration de la Fondation CHU Dumont.

M. Finn a été membre du Conseil d’administration de la Fondation de sa création en 1983 jusqu’à 1987. Il a toujours soutenu les événements et les campagnes.

«En santé, nous lui sommes infiniment reconnaissants pour l’obtention de l’hôpital Dr-G.-L.-Dumont et pour le bon fonctionnement de cette institution alors qu’il occupait la présidence de son Conseil d’administration, de dire Dr Hubert Dupuis, président d’Égalité Santé en français. Sans jamais avoir été un politicien, il a été un homme politique de grande influence. Il connaissait la scène politique et savait comment la communauté acadienne pouvait tirer son épingle du jeu pour obtenir ce dont elle avait besoin. Très souvent, il lui a ouvert le chemin sans jamais en prendre le crédit.

«Lors de la réforme en santé de 2008, il a participé à la fondation d’Égalité Santé en Français et a siégé à son Conseil d’administration jusqu’en 2010. C’était un homme qui pesait ses mots, et dont les interventions réfléchies étaient écoutées avec grande attention. Sa sagesse et son savoir-faire ont été une grande source d’inspiration. Même après sa retraite de notre Conseil, il a toujours continué de suivre nos démarches avec intérêt.»

Rencontre avec le président Charles de Gaulle

   L’un des faits marquants de sa carrière aura été sa visite à Paris en janvier 1968 et sa rencontre avec le général Charles de Gaulle en compagnie de trois autres Acadiens, Adélard Savoie, Euclide Daigle et Léon Richard. C’est à la suite de cette rencontre que la coopération franco-acadienne a été lancée avec l’envoi de coopérants français, en plus de permettre à l’Université de Moncton de tisser des liens étroits avec celles de Poitiers et d’Amiens et d’amorcer de nombreux échanges universitaires des deux côtés de l’Atlantique.

«L’Acadie est endeuillée par la perte d’un grand visionnaire, un homme de conviction, un homme dont la préoccupation première était toujours le bien collectif et l’épanouissement du peuple acadien. Gilbert Finn a aussi largement contribué au développement de l’identité acadienne et de la promotion de la langue française», a déclaré René Légère, président de la SNA.

«M. Finn a été au cœur des grandes luttes du mouvement associatif de l’Acadie afin de répondre aux exigences de son temps et dans le but de la moderniser. Il a mené avec doigté de nombreux dossiers associés aux domaines de l’éducation et du développement économique et social.»

Il a lancé l’idée du Conseil économique du Nouveau-Brunswick en 1973 et en a été le président fondateur. Gilbert Finn a également participé au lancement du quotidien Le Matin (1982-1985), afin que les intérêts et aspirations de la collectivité acadienne y soit représentés.

Le 17 août 1987 à l’âge de 66 ans, Gilbert Finn est devenu le 26e lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick pour un mandat qui aura duré tout près de sept ans.

M. Finn a écrit son autobiographie qui a paru en 2000. Intitulée «Fais quelque chose», elle évoquait ainsi un conseil de son père. Il y trace son cheminement personnel et sa perception des événements, en plus de parler des personnes engagées dans leur milieu, des entrepreneurs et des gens d’affaires.

Ses funérailles ont eu lieu lundi en l’église de Saint-Anselme, paroisse dont il faisait partie.

 

 

 

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